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Publié : 18 mars 2011
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Arts/ Etats/ Pouvoirs : Exposition universelle de 1937

Où l’on vérifie qu’il y a un style totalitaire et que l’artiste peut se soumettre au pouvoir ou y résister.

L’Exposition Universelle de Paris de 1937


et les pavillons allemand et Soviétique :

C’est l’Exposition universelle de Paris, en 1937, qui révèle à la fois la parenté des dictatures et l’affrontement inévitable programmé entre les deux futurs grands acteurs de la Seconde Guerre mondiale.

Cette année-là, les nazis organisent l’exposition des « Dégénérés ». C’est Albert Speer, à peine nommé inspecteur général de la reconstruction à Berlin, qui signe le pavillon allemand de Paris, orgueilleuse et gigantesque tour, à la fois temple classique, église médiévale, énorme sarcophage de pierre et d’acier , surmonté non pas d’une croix mais d’un aigle puissant.

En face, le long de la Seine, au pied du Trocadéro, se dresse le pavillon soviétique, non moins monumental bien qu’un peu plus bas, construit par Boris Iofan, qui imagine une sculpture de 33 mètres de hauteur représentant un ouvrier et une paysanne, faucille et marteau en main !

A côté de ces pavillons : Celui de la République espagnole, construit par le Catalan José Luis Sert.

Léger et élégant exemple de l’architecture rationaliste, le pavillon exposait des toiles engagées de Miro, des sculptures de Julio Gonzales et... le Guernica de Picasso

Comparaison du pavillon, espagnol dans lequel est Guernica avec l’architecture des pavillons russes et allemands :

Le pavillon a été construit par Josep Lluis Sert, disciple de Le Corbusier. Les principes de l’architecture moderne sont ici affirmés : l’utilisation de techniques modernes de construction, une architecture métallique, légère, la paroi de verre ou le mur rideau, la transparence comme allégorie de la démocratie, le toit terrasse, la stricte géométrie des volumes Sert utilise un langage clair et compréhensible, rationnel opposé au monumentalisme des pavillons allemands et russes.

Les édifices néoclassiques dressés par l’Allemagne nazie et l’Union soviétique utilisent un vocabulaire chargé, pompeux, ancré dans la tradition.
Avec son pavillon situé près du pavillon allemand, qu’il ne pouvait aucunement concurrencer par sa taille, la République espagnole tente de se démarquer.

On en profite, étude de cas :


Arts, États et pouvoirs

- À travers l’étude de Guernica de Picasso, quelle est la réponse de l’artiste face à l’événement historique ?

Malgré les ravages de la guerre civile déclenchée par le soulèvement des troupes du général Franco le 18 juillet 1936, la République espagnole tient à être présente à l’Exposition internationale.

1/ CHRONOLOGIE

- 18 juillet 1936 > Début de la guerre civile en Espagne ou guerre d’Espagne opposant les nationalistes, autour du général Franco et les républicains.
- janvier 1937 > Le gouvernement espagnol commande une composition murale pour le pavillon espagnol à l’Exposition internationale.
- 26 avril > La ville basque de Guernica est bombardée par les aviateurs de la légion Condor, envoyée par Hitler au secours du général Franco.
- 30 avril > Le journal le Soir publie à la une des photographies du champ de ruines de Guernica. Picasso, bouleversé, a trouvé le sujet de son panneau mural.
- Juin 1937 > ouverture de l’Exposition internationale des arts et techniques.

« La peinture est un instrument de guerre pour l’attaque et la défense de l’ennemi. » Picasso

Une oeuvre historique
Le titre associe l’oeuvre à un événement qui sans cette toile serait évanoui dans l’anonymat des désastres de notre siècle. La nouvelle du bombardement incite Picasso à peindre une toile qui proclame son engagement. Le sujet s’oppose aussi au thème de l’Exposition universelle, l’art et la technique : avec Guernica , Picasso éteint les feux de la fée électricité.


Une toile monumentale

Le format s’adapte au lieu d’exposition, le hall d’entrée. Le hall d’accueil où le tableau était présenté en occupant tout le mur du fond comme un rideau de scène avait fait l’objet d’une muséographie totalement politisée soigneusement ciblée pour le grand public.


Une commande d’État

Cette commande d’État de la part de la République espagnole est passée à Picasso en janvier 1937 avant que la ville basque soit bombardée.

Une peinture de la Passion

« En un rectangle noir et blanc tel que nous apparaît l’antique tragédie, Picasso nous envoie notre lettre de deuil : tout ce que nous aimons va mourir, et c’est pourquoi il était à ce point nécessaire que tout ce que nous aimons se résumât, comme l’effusion des grands adieux, en quelque chose d’inoubliablement beau » Michel Leiris.

Son tableau s’inscrit dans les grandes représentations d’une souffrance sécularisée, de celles qui vont du Tres de Mayo de Goya à Dix et Grosz, en passant par Géricault et Delacroix. Toutes ces oeuvres élèvent les victimes au rang de héros, les victoires et les exploits guerriers y cèdent le pas à la douleur individuelle.


Les motifs de la peinture d’histoire

Ces motifs emblématiques sont les poings serrés, un bras surdimensionné qui montre le poing au ciel, des bras surgissant de maisons détruites. Au cours de l’exécution du tableau, le pessimisme s’accentue. Les gestes de révolte disparaissent avec les symboles politiques. Le cheval agonisant au centre du tableau acquiert une importance plus grande que le taureau qui comme paralysé apparaît au bord de la toile.

Une oeuvre fidèle aux critères de la modernité

Le cheval, le taureau, la femme portant la lumière, Pégase surgissant des flancs du cheval blessé à mort, tous ces thèmes sont déjà présents dans son oeuvre. Il n’y a ici aucune intention de description, pas d’avions ni de bombes, pas le souci de la réalité mais celui de la vérité.


La réception de l’oeuvre

L’absence de message positif comme le manque de clarté de l’expression plastique, l’absence de propagande positive sont les critiques les plus récurrentes. Guernica est une commande d’État, contraire à la raison d’État, le tableau incitant moins au combat qu’à la compassion pour une cause perdue. Il y a deux manières de voir l’oeuvre : la défendre sur la base de son contenu politique et la défendre pour sa beauté artistique.
Une reproduction de Guernica est publiée dans le magazine Life le 26 juillet 1936. Picasso rédige un texte publié dans le New York Times et invite les artistes à ne pas« rester indifférents à un conflit dans lequel les plus grandes valeurs de l’humanité et de la civilisation sont engagées ». Guernica , oeuvre manifeste, voyage au Etats-Unis à Los Angeles, Chicago, San Francisco, New York tout au long de l’année 1939.

une exposition conçue dans sa globalité

Les composantes individuelles étaient reliées à l’ensemble, tout convergeait vers une Espagne en guerre contre le fascisme, une Espagne moderne à la culture millénaire qui demandait de l’aide en s’opposant avec force à la barbarie, une Espagne qui appelait à la solidarité entre les peuples.

Étude de cas du site de l’académie de StrasbourG
Vous trouverez l’analyse formelle de Guernica sur le site du collège

-Où l’on vérifie qu’il y a un style totalitaire :
Néoclassicisme exalté par le monumental géométrique, la démesure, le grandiloquent, le pastiche redondant, culte de la personnalité, obsession du pouvoir absolu. Et une idée fixe : exalter l’héroïsme, la force, le sacrifice de l’individu à la nation.