Vous êtes ici : Accueil > Vie pédagogique > Histoire des Arts > Histoire des Arts 2011-2012 > Histoire des Arts 2011-2012
Publié : 17 mai 2012
Format PDF {id_article}

Histoire des Arts 2011-2012

Tout pour réviser...

Au moment de la mise en ligne, certains articles ne sont pas encore édités.
Ils seront actualisés rapidement...

Histoire des Arts 2011-2012 Collège Lecanuet Rouen

Arts, Etats, pouvoirs

-Arts du son :

Here’s to you.

La Chevauchée des Walkyries.

5e pièce pour piano op.23.

La marche des trompettes.

Star spangled Banner.

La marche Royale.

Mort les enfants.

-Arts de l’espace

Musée Juif de Berlin.

-Arts du visuel :

Les joueurs de skat.

Mon Oncle.

Il faut sauver le soldat Ryan.

Les sentiers de la gloire.

Supermarket lady.

Guernica.

Affiches de Mai 68.

La guerre.

-Arts du langage :

Antigone.

Affiche rouge.

Liberté, j’écris ton nom.

Les joueurs de skat, Otto Dix, 1920 :

1- Cartel d’identification :

Le domaine artistique : arts du visuel
Le genre : peinture Le titre : Les joueurs de Skat L’auteur : Otto Dix La date : 1920 La technique : Huile et collage sur toile
Lieu d’exposition : Neue Nationalgalerie, Berlin.

2- Décrire et comprendre l’oeuvre :

Je décris :

Au premier plan sont représentés trois personnages, mutilés de guerre ou gueules cassées, qui jouent aux cartes. Ces trois hommes ont étés défigurés, déformés par les combats de la Grande Guerre : l’homme de droite se tient de profil sur sa chaise et on remarque qu’il n’a plus de jambes, que son bras gauche, en bois, est devenu mécanique, que son nez est dissimulé sous un cache, que sa mâchoire est en fer ; L’homme de gauche a pour seul bras une prothèse en bois et doit se servir de son pied droit pour tenir ses cartes. Son visage est couvert de cicatrices, de brûlures, a perdu un oeil et un tuyau relié à un phonographe remplace son oreille ; Enfin, l’homme du centre semble être le plus mutilé des trois car "homme tronc", il est amputé des deux jambes et des deux bras, doit se servir de ses dents pour jouer aux cartes et sa mâchoire, son cou, comme une partie de son crâne sont pansés avec des morceaux de métal. Au second plan, on distingue un décor de café avec des journaux allemands, un porte-manteau, ce que confirme la présence de la table et des chaises au premier plan. Différentes matières sont représentées sur la toile : la chair humaine, le papier, le métal, le bois. Le cartel nous indique également que le peintre a utilisé la peinture à l’huile et les collages. Les lignes des corps sont brisées, tordues, mélangeant des courbes (les mouvements de jambes, le dos, les crânes de deux des personnages) et des formes plus géométriques ( éléments métalliques, prothèses en bois par exemple), donnant un aspect inhumain aux personnages. Dix crée une très forte opposition entre le fond de son tableau, sombre, faiblement éclairé par une lampe et au contraire les couleurs vives, voire criardes des personnages (blanc, bleu, rose de la chair), ce qui heurte l’oeil du spectateur. Dix est influencé, dans ce tableau, par le courant expressionniste par le sujet choisi, l’homme décomposé et l’expression du malaise du peintre, mais également dans certains éléments techniques comme l’utilisation de couleurs outrancières et la force des lignes.

Je comprends :

L’oeuvre d’Otto Dix présente des personnages inhumains, de véritables monstres, aux blessures tellement nombreuses qu’elles en deviennent exagérées. Ce côté excessif est renforcé par les lignes et les couleurs de la toile. Par contre la situation paraît réaliste, montrant des gueules cassées qui se retrouvent après la guerre, prolongeant la solidarité des anciens combattants et leur expérience commune de la guerre. Otto Dix dénonce ici la guerre et les souffrances qu’elle engendre en représentant ces personnages déchiquetés, presque caricaturaux et dramatiques dans le même temps. Le ton du peintre est même ironique quand il représente la croix de fer que porte le personnage de droite : en effet cette décoration militaire pour les combattants héroïques paraît ridicule et décalée par rapport aux victimes que sont devenues les anciens combattants. A partir des mots-clés (en gras), rédiger un paragraphe caractérisant l’oeuvre d’Otto Dix : Le tableau d’Otto Dix, les joueurs de Skat, représente trois anciens combattants de la Grande Guerre, jouant aux cartes dans un café, en Allemagne, en 1920. Ces gueules cassées sont totalement mutilées (perte de membres, prothèses diverses, éléments mécaniques) et représentées de manière caricaturale (lignes brisées des corps, couleurs outrancières), comme des monstres, rappelant quelques éléments de l’expressionnisme allemand (dans le sujet, l’homme décomposé, et dans la technique de l’outrance). Donnant à la scène un caractère dramatique et insoutenable, Otto Dix dénonce avec force la guerre, les souffrances qu’elle engendre et le malaise de l’après-guerre. Il met également en valeur la solidarité entre les victimes et leur isolement dans la société civile. La Grande Guerre est un traumatisme et une source d’inspiration importante pour le peintre-graveur, comme le montre sa série d’eaux-fortes exposées à l’Historial de Péronne, qui représente les blessures, les cadavres déchiquetés, l’omniprésence de la mort. A partir des années 1930, cette vision de la guerre ne plait pas à Hitler car elle ne transmet aucun message patriotique mais dénonce la folie des hommes ; Otto Dix, alors considéré comme un artiste "dégénéré", voit ses oeuvres interdites ou détruites par les Nazis. Correspondances vues en classe

La chambre des officiers, R Dupeyron, 2001

Mon Oncle (1958) by Jacques Tati (P1) - YouTube

(cliquez sur le doc pour avoir accès à l’extrait)

La critique de la société « Mon Oncle », de Jacques Tatie

1- FICHE TECHNIQUE

Titre Mon Oncle

Réalisation Jacques Tati

Scénario et dialogues Jacques Tati, Jacques Lagrange et Jean Lhôte

Musique Alain Romans et Franck Barcellini

Production Louis Dolivet et Alain Terouanne pour Specta, Gray, Alter Films et Film del Centauro (Italie)

Durée 1h47

Pays France

Date 1958

Genre Burlesque

Interprétation Jacques Tati (Monsieur Hulot) - Jean-Pierre Zola (M. Charles Arpel)-Adrienne Servantie (Mme Arpel) - Alain Bécourt (Gérard Arpel) - Lucien Frégis (M. Pichard) - Adelaïde Danieli (Mme Pichard) - Dominique Marie (Mme Dubreuil)

Synopsis

Monsieur Hulot est l’oncle de Gérard Arpel, un gamin qui vit avec ses parents dans une villa moderne, luxueuse et froide. À ce décor ennuyeux, le petit Gérard préfère l’univers de son oncle : un vieux quartier où il peut jouer avec d’autres enfants sur un terrain vague. Mais les parents de Gérard, et notamment son père, industriel, voudraient bien que Monsieur Hulot mène enfin une existence sérieuse, laborieuse et... ennuyeuse. C’est heureusement sans espoir : à l’usine Plastoc, où il est engagé, Monsieur Hulot s’endort, et provoque des catastrophes... Il est finalement envoyé en province, comme représentant. Le petit Gérard n’a plus que son père vers qui se tourner. À propos du réalisateur Sportif professionnel dans sa jeunesse, il met au point, dans les années trente, un numéro de comique de music-hall exploitant ses qualités de mime et d’athlète. À ce titre, il intervient dans quelques courts métrages. Entre 1947 et 1949, il réalise et interprète Jour de fête, avec la complicité des habitants d’un village de l’Indre. Quatre ans plus tard, il crée le personnage de Mr Hulot, à qui il demeure fidèle jusqu’à son dernier film. À partir de Mon oncle et surtout dans Playtime, il le dilue dans un réel finement reconstitué qui parfois lui vole la vedette. Jusqu’à Playtime, le ressort du réalisateur est le burlesque, l’abondance des gags et leur simultanéité dans le cadre de l’écran, qui lui permettent de dévoiler le monde et ses contradictions.

Filmographie sélective de Jacques Tati

1947/49 Jour de fête

1953 Les Vacances de Monsieur Hulot

1958 Mon Oncle

1967 Playtime

1971 Trafic

1974 Parade

2- ANALYSE D’UNE SEQUENCE :

Analyse de la première séquence du film à partir des vignettes : ( voir cours). Savoir parler du rôle : (se référer au cours) -des décors , "personnages" à part entière du film. -du son (film quasi-muet, le rôle de la musique qui marque une frontière entre les deux mondes, un élément du décor) -de la tradition du burlesque ( ancien mime, peu de paroles, connaître une référence du burlesque)

3 – LE FILM DANS SON CONTEXTE :

Le film s’inscrit dans le contexte de la France des 30 glorieuses, marquée par la croissance économique, la société de consommation, la modernité. La séquence choisie est le tout début du film qui confronte deux univers : la France d’avant et celle de la modernité. Le spectateur suit le passage de l’un à l’autre et peut remarquer toutes les transformations dans le traitement de l’image, l’architecture (matériaux, lignes des constructions, rues), les moyens de locomotion, les relations humaines (se référer au tableau complété en cours).

Savoir évoquer les éléments de la France des 30 Glorieuses que l’on retrouve dans l’extrait : - l’habitat ancien/l’habitat moderne - les produits phares des trente glorieuses (exemple de l’automobile) - Un nouveau modèle de femme, la bonne ménagère.

CONCLUSION :

Evoquer le point de vue de Jacques Tatie sur la société des Trente Glorieuses :
Jacques Tatie se moque de la modernité à tout craint qui semble déshumaniser la vie nouvelle et se place ainsi, sur le mode burlesque, comme un artiste engagé. Sa critique de la nouvelle société de consommation est très précoce et sera largement reprise dans les années 70-80 par d’autres artistes, comme le sculpteur américain Duane Hanson, dans Caddie (p 179 de votre manuel). Correspondance vue en cours : Caddie, Duane Hanson

ANTIGONE. - Non. Je vous fais peur. C’est pour cela que vous essayez de me sauver. Ce serait tout de même plus commode de garder une petite Antigone vivante et muette dans ce palais. Vous êtes trop sensible pour faire un bon tyran, voilà tout. Mais vous allez tout de même me faire mourir tout à l’heure, vous le savez, et c’est pour cela que vous avez peur. C’est laid un homme qui a peur.

CRÉON, sourdement. - Eh bien, oui, j’ai peur d’être obligé de te faire tuer si tu t’obstines. Et je ne le voudrais pas.

ANTIGONE. - Moi, je ne suis pas obligée de faire ce que je ne voudrais pas ! Vous n’auriez pas voulu non plus, peut-être, refuser une tombe à mon frère ? Dites-le donc, que vous ne l’auriez pas voulu ?

CRÉON. - Je te l’ai dit.

ANTIGONE. - Et vous l’avez fait tout de même. Et maintenant, vous allez me faire tuer sans le vouloir. Et c’est cela, être roi !

CRÉON. - Oui, c’est cela !

ANTIGONE. - Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m’ont fait aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine.

CRÉON. - Alors, aie pitié de moi, vis. Le cadavre de ton frère qui pourrit sous mes fenêtres, c’est assez payé pour que l’ordre règne dans Thèbes. Mon fils t’aime. Ne m’oblige pas à payer avec toi encore. J’ai assez payé.

ANTIGONE. - Non. Vous avez dit « oui ». Vous ne vous arrêterez jamais de payer maintenant !

CRÉON, la secoue soudain, hors de lui. - Mais, bon Dieu ! Essaie de comprendre une minute, toi aussi, petite idiote ! J’ai bien essayé de te comprendre, moi. Il faut pourtant qu’il y en ait qui disent oui. Il faut pourtant qu’il y en ait qui mènent la barque. Cela prend l’eau de toutes parts, c’est plein de crimes, de bêtise, de misère… Et le gouvernail est là qui ballotte. L’équipage ne veut plus rien faire, il ne pense qu’à piller la cale et les officiers sont déjà en train de se construire un petit radeau confortable, rien que pour eux, avec toute la provision d’eau douce, pour tirer au moins leurs os de là. Et le mât craque, et le vent siffle, et les voiles vont se déchirer, et toutes ces brutes vont crever toutes ensemble, parce qu’elles ne pensent qu’à leur peau, à leur précieuse peau et à leurs petites affaires. Crois-tu, alors, qu’on a le temps de faire le raffiné, de savoir s’il faut dire « oui » ou « non », de se demander s’il ne faudra pas payer trop cher un jour, et si on pourra encore être un homme après ? On prend le bout de bois, on redresse devant la montagne d’eau, on gueule un ordre et on tire dans le tas, sur le premier qui s’avance. Dans le tas ! Cela n’a pas de nom. C’est comme la vague qui vient de s’abattre sur le pont devant vous ; le vent qui vous giffle, et la chose qui tombe devant le groupe n’a pas de nom. C’était peut-être celui qui t’avait donné du feu en souriant la veille. Il n’a plus de nom. Et toi non plus tu n’as plus de nom, cramponné à la barre. Il n’y a plus que le bateau qui ait un nom et la tempête. Est-ce que tu le comprends, cela ?

ANTIGONE, secoue la tête. - Je ne veux pas comprendre. C’est bon pour vous. Moi, je suis là pour autre chose que pour comprendre. Je suis là pour vous dire non et pour mourir.

CRÉON. - C’est facile de dire non !

ANTIGONE. - Pas toujours.

CRÉON. - Pour dire oui, il faut suer et retrousser ses manches, empoigner la vie à pleines mains et s’en mettre jusqu’aux coudes. C’est facile de dire non, même si on doit mourir. Il n’y a qu’à ne pas bouger et attendre. Attendre pour vivre, attendre même pour qu’on vous tue. C’est trop lâche. C’est une invention des hommes. Tu imagines un monde où les arbres aussi auraient dit non contre la sève, où les bêtes auraient dit non contre l’instinct de la chasse ou de l’amour ? Les bêtes, elles au moins, elle sont bonnes et simples et dures. Elles vont, se poussant les unes après les autres, courageusement, sur le même chemin. Et si elles tombent, les autres passent et il peut s’en perdre autant que l’on veut, il en restera toujours une de chaque espèce prête à refaire des petits et à reprendre le même chemin avec le même courage, toute pareille à celles qui sont passées avant.

ANTIGONE. - Quel rêve, hein, pour un roi, des bêtes ! Ce serait si simple.

I/Présenter

Ce texte est un extrait d’une pièce de théâtre du XXe siècle, Antigone, écrite par Jean Anouilh en 1942 et représentée pour la première fois en 1944 au théâtre de l’Atelier. Jean Anouilh s’est inspiré d’une tragédie de Sophocle, mais en adaptant le mythe à son époque et au contexte historique du Xxe siècle, notamment grâce à la technique des anachronismes volontaires.

II/ Décrire

Ce passage se trouve au centre de la tragédie de Jean Anouilh. Il se situe dans une longue scène qui oppose Antigone et Créon, et qui constitue le France tragique de la pièce. Antigone vient d’être arrêtée pour avoir essayé d’enterrer son frère Polynice, privé par Créon de sépulture funéraire parce qu’il s’est allié à des cités étrangères à Thèbes. Créon essaie de sauver Antigone en essayant de la convaincre de renoncer à son projet. Pour cela, il utilise différents arguments et confronte sa vision du pouvoir, sa vision du roi avec celle d’Antigone. Cet extrait s’inscrit donc directement dans la thématique Art, Etat, Pouvoir de l’épreuve d’histoire des arts.

III/ Contextualiser

Jean Anouilh avait confié la première mise en scène de sa pièce à André Barsacq, et Jean Davy créa le rôle de Créon aux côtés de Monelle Valentin, l’épouse de Jean Anouilh, qui joua Antigone. La pièce fut d’emblée un immense succès, elle fut jouée deux ans sans interruption : Jean Davy interpréta Créon 750 fois entre février 44 et juin 46. Une des raisons de ce succès réside dans la résonance très forte de cette œuvre avec le contexte historique de la France et de la deuxième guerre mondiale, que le public a immédiatement perçue. Antigone qui disait « non » face à Créon représentait la Résistance face à la Collaboration, face à la France de Vichy. Pourtant la pièce a échappé à la censure allemande car Créon avait raison face Antigone, mise à mort à la fin de la pièce. Une mise en scène récente d’Antigone par Nicolas Briançon avec Robert Hossein et Barbara Schulz, datant de 2006, donne à voir une réflexion sur la dictature et présente des gardes avec des ordinateurs portables et une oreillette, pour signaler l’actualité éternelle des grands mythes. Cette tragédie d’Anouilh s’inscrit également dans un ensemble de tragédies du Xxème siècle qui revisitent les grands mythes antiques pour leur donner un sens nouveau, adapté à l’époque moderne. On en trouve un autre exemple avec la pièce de Giraudoux La guerre de Troie n’aura pas lieu (1935) où l’auteur analyse les motivations fratricides de la future Seconde guerre mondiale ou Electre (la fille d’Agamemnon et de Clytemnestre), où Giraudoux s’interroge sur la liberté et la responsabilité.

IV/ Analyser et interpréter

Dans cet extrait, Antigone démystifie le personnage du roi.

1) Un pouvoir dérisoire

Le roi apparaît comme une créature privée de pouvoir. Roi impuissant, Créon fait ce qu’il n’aurait pas voulu faire comme on le voit avec les négations du verbe vouloir à la ligne 11 (vous ne l’auriez pas voulu) et à la ligne14 (vous allez me faire tuer sans le vouloir). Rien à voir ici avec le pouvoir absolu d’un roi digne du siècle de Louis XIV. Ici, le roi ne peut pas faire ce qu’il veut, il doit se plier à la raison d’État, auquel il est le premier assujetti, comme le montre l’expression « être obligé de te faire tuer » ligne 7. L’exclamation de la ligne 14 Et c’est cela être roi ! montre la dévalorisation qu’Antigone fait subir à la fonction royale. Antigone éprouve même de la pitié pour Créon. (ligne 16) comme le montre l’apostrophe Pauvre Créon ! Et elle inverse les rôles en se déclarant reine à sa place, en dépit des apparences, parce qu’elle, elle peut faire ce qu’elle veut. (lignes 16-18). D’ailleurs, c’est bien Créon qui se trouve réduit à supplier Antigone : « Aie pitié de moi, vis » (ligne 19). C’est donc Antigone qui détient le pouvoir face à Créon.

2) Un roi peu majestueux

Par ailleurs, Créon se montre lui-même peu digne de sa fonction : il avoue sa peur (l.7) et sa colère impuissante face à Antigone apparaît avec la didascalie la secoue soudain, hors de lui. Il ne parvient plus à se maîtriser face à Antigone, prononce des jurons ( « bon Dieu », ligne 24) et la traite de « petite idiote » (ligne 25). Antigone souligne ce manque de majesté car dans son discours Créon n’est pas un roi, mais simplement « un homme qui a peur » qu’elle juge « laid » de surcroît. (ligne 6)

3) Une fonction ingrate et un pouvoir solitaire

De son côté, Créon essaie de combattre cette vision négative du roi en lui opposant sa vision d’un roi courageux et solitaire. Pour cela, il utilise la métaphore du bateau dans la tempête, métaphore filée développée dans la longue tirade de la ligne 24 à la ligne 44. Dans cette longue tirade, le roi est comparé implicitement au capitaine d’un bateau dans une mer déchaînée. Le champ lexical de la navigation et du naufrage parcourt l’ensemble de la réplique. Par cette métaphore traditionnelle, Créon tente de redorer le blason du roi : le roi est le seul à combattre la tempête, puisque l’équipage ne veut plus rien faire et ne pense qu’à piller la cale et que les officiers sont déjà en train de se construire un petit radeau confortable, rien que pour eux avec toute la provision d’eau douce pour tirer au moins leurs os de là. Seul, le roi combat pour l’intérêt général. Seul, le roi essaie de sauver le bateau, c’est-à-dire le pays, de la tempête. Seul, le roi fait preuve d’altruisme, pour le bien supérieur du pays, même si cela peut entraîner des actions injustes et arbitraires, prises dans l’urgence : on gueule un ordre et on tire dans le tas (ligne 38). Le niveau de langue très familier désacralise le rôle du roi, et montre que le chef doit agir dans l’urgence, sans se poser des problèmes de conscience. Au nom de la raison d’Etat, le pouvoir est nécessairement sale et corrompu : Crois-tu qu’on a le temps de faire le raffiné, de se demander (…) si on pourra encore être un homme après ?(lignes 34 à 37) La seconde tirade de Créon développe également cette vision d’un pouvoir qui salit, avec l’expression « s’en mettre jusqu’aux coudes ». Le roi devient alors un ouvrier laborieux qui ne ménage pas sa peine et retrousse ses manches, c’est d’abord un homme d’action qui ne peut s’accorder le luxe de penser.

4) Un roi qui règnerait sur des bêtes

À la fin de l’extrait, Antigone contre-attaque en montrant qu’un roi qui ne réfléchit pas suppose également un peuple idiot. En effet, pour Créon, dire oui, c’est obéir à la vie, à la Nature, sans réfléchir, comme on le voit avec sa nouvelle métaphore filée du troupeau qui avance courageusement sur le chemin, malgré les pertes de quelques têtes de bétail. Avec la question rhétorique Tu imagines un monde où les bêtes auraient dit non contre l’instinct de la chasse ou de l’amour ? (ligne 55,) sa stratégie est alors de critiquer la position d’Antigone, en faisant apparaître comme lâche et contre-nature sa résistance au pouvoir. Mais Antigone rebondit sur le mot « bêtes » : Quel rêve, hein, pour un roi, des bêtes ! Ce serait si simple. (ligne 70) Elle montre que la vision du pouvoir de Créon suppose un peuple qui se laisse conduire comme un troupeau de moutons. Au courage des bêtes, Antigone substitue … la bêtise. Mais le conditionnel de l’irréel Ce serait si simple proclame clairement que les hommes ne sont pas (encore) des bêtes. Le roi trouvera toujours sur sa route des Antigone, pour dire non et rejeter des lois injustes.

V/ Elargir, rapprocher

Cet extrait propose donc une véritable réflexion sur le pouvoir du chef et sur le métier de roi qui apparaît sous un jour peu favorable. Derrière le mythe antique se lit une critique engagée du pouvoir. Gouverner semble entraîner fatalement salissures et compromissions. Seul, l’opposant au pouvoir, même au péril de sa vie, peut rester fidèle à ses convictions et plein de noblesse. Antigone est donc un éloge de la Résistance, de la force d’opposition qui combat un régime autoritaire, quelle qu’en soit l’époque et le contexte historique. De la même façon, le film Le Dictateur de Charlie Chaplin qui a été conçu dès 1938-1939 et qui est sorti dans les salles en 1945 rappelle d’abord Hitler, mais peut ensuite évoquer le discours de n’importe quel dictateur, comme Saddam Hussein ou Fidel Castro.

(cliquez sur l’image et vous aurez le son... Si, si...)

HERE’S TO YOU

Une chanson engagée, trace d’un scandale judiciaire. 
 La peur des idéologies socialiste, communiste et anarchiste.

PRESENTATION

Here’s to you est la chanson la plus connue du film Sacco & Vanzetti, sorti en 1971. Le compositeur est Ennio Morricone (Il était une fois dans l’Ouest,…). La chanteuse est Joan Baez.
Cette chanson est marquée par la personnalité de J. Baez qui a été une figure de la non-violence et de l’égalité des droits civiques des noirs. 
 Elle est présente aux côtés de M. L. King (Marche sur Washington en 1963). 
 Elle a été la compagne de Bob Dylan. (Blowin’ in the wind). 
 Elle chante au festival de Woodstock.

CONTEXTE

Le film raconte “l’Affaire Sacco & Vanzetti” : Malgré un manque de preuves, deux travailleurs émigrés sont accusés de deux braquages et de la mort de deux convoyeurs. Après de nombreux reports, ils sont condamnés à mort en 1927. En cette époque de crise et de contestation ouvrière, les Italiens anarchistes étaient perçus comme des faiseurs de grève et poseurs de bombes. L’Amérique fait la chasse aux idéologies socialistes et communistes : Cette exécution doit servir d’exemple.
Elle déclencha de nombreuses manifestations de part le monde. 
 En 1970, 50 ans plus tard, Sacco et Vanzetti furent réhabilités.

DESCRIPTION ET MESSAGE

Le texte est un simple refrain de quatre vers répétés plusieurs fois.
Here’s to you Nicolas and Bart (Maintenant Nicolas et Bart)
Rest forever her in our hearts (Pour toujours vous restez dans nos coeurs)
The last and final moment is yours (Cet instant final est le vôtre)
That agony is your triumph ! (Cette agonie est votre triomphe !)
Il y a une grande valeur symbolique car les deux derniers vers sont les mots adressés au juge par Vanzetti à la lecture du verdict.
L’orchestration change au cours de cette chanson pour passer d’un sentiment morbide -L’agonie – à celui du triomphe final.
C’est une marche prémonitoire vers la réhabilitation, qui sera célébrée 6 ans après le film.
DESCRIPTION ET ANALYSE MUSICALE
Le principe est celui d’une suite de 16 notes et accords répétés plusieurs fois de façon obstinée : Ostinato, mais « habillées », orchestrées par amplification (ajout de contrechants, d’instruments, de chanteurs,…). Ainsi, l’écoute offre une augmentation de la nuance – Crescendo - mais aussi de l’émotion.

1/ Morbide : Intro jouée par 12 notes graves à l’orgue.

2/ Morbide : Rajout des accords au piano et contrechant plaintif, car descendant, à l’orgue.

3/ Changement/éclaircie : Les notes graves sont jouées à la basse électrique (+ pop), et le contrechant monte vers l’aigu.

4/ Entrée de la chanteuse + batterie.

5/ Entrée du chœur.

6/ Triomphe : Le chœur est + nombreux, le timbre du contrechant à l’orgue est + brillant, + festif.

7/ Le tout est repris en crescendo avec plus d’intensité.

INTERPRETER

Cette répétition, amplifiée, prend également l’allure d’une marche de manifestants dont le cortège ne cesse de croître, à l’image des nombreuses manifestations en Amérique et à l’étranger.

« Les joueurs de skat » , Otto Dix , 1920

1- Présentation

Domaine artistique : Arts du visuel Genre : Peinture Titre : Les joueurs de Skat Auteur : Otto Dix Date : 1920 Technique : Peinture à l’huile et collage sur toile Lieu d’exposition : Neue Nationalegalerie à Berlin

2- Description

Au premier plan , trois personnages, rassemblés autour d’une table et jouant aux cartes. Ce sont des « gueules cassées » (mutilés de guerre défigurés par leurs blessures). L’un est en uniforme, les deux autres en costume civil, mais les trois sont horriblement mutilés : • Celui de gauche n’a qu’une prothèse de bras en bois, et doit se servir du seul pied qui lui reste pour tenir ses cartes. Son visage est terriblement abîmé : des cicatrices, un trou béant à la place de l’œil droit, des brûlures (là où les cheveux n’ont pas repoussé), et un tuyau relié à un « écouteur » à la place de son oreille droite. • Celui de droite semble posé sur sa chaise, il n’a plus de jambes. Son bras gauche est remplacé par une prothèse, l’orifice de son nez arraché est caché, sa mâchoire est en métal et peut-être sa vision est-elle très mauvaise (il tient sa carte tout près de son œil). Il est en uniforme d’aviateur et est décoré de la « Croix de fer ». • L’homme au centre est le plus mutilé, il n’a plus ni bras ni jambes, c’est un « homme tronc ». Il tient ses cartes entre sa mâchoire supérieure et une prothèse métallique, il a un œil de verre, sa tête est soutenue et renforcée par du métal. Au second plan, des éléments de décor qui montrent qu’on est dans un café allemand : journaux, luminaire, porte-manteau métallique.

3- Le contexte historique

Ce tableau date de 1920, au lendemain de la Première Guerre Mondiale. Par la violence de ses combats et les armes employées (l’artillerie en premier lieu), elle a mutilé des centaines de milliers d’hommes dans les deux camps. Partout, on peut croiser ces « gueules cassées » qui rappellent à tous l’horreur de la guerre. On les honore mais on les fuit aussi : l’Europe d’après-guerre cherche plutôt à oublier les horreurs et à s’étourdir (dans la danse, l’excentricité…). L’auteur, Otto Dix a été le témoin des combats et comme tant d’autres en est revenu profondément traumatisé. Il fait aussi partie du mouvement « expressionniste » qui déforme souvent la réalité pour provoquer des réactions émotionnelles.

4- Analyse, interprétation

Le « message » d’Otto Dix , c’est surtout l’angoisse, un regard critique sur la société allemande d’après guerre qu’il fait passer avec une ironie grinçante. Ces mutilés deviennent inhumains par les prothèses, les blessures qui paraissent presque exagérées. Pourtant, la situation est réaliste : des anciens combattants, des « gueules cassées » se retrouvent : ils n’ont pas oublié la solidarité des tranchées. Ils sont seuls à pouvoir supporter l’horreur du spectacle de l’autre, victime de la guerre.

Otto dix dénonce l’horreur de la guerre et des souffrances qu’elle provoque, la solitude des grands mutilés. Pour cela, il emploie la caricature, l’ironie. Les lignes des corps sont brisées, tordues ce qui accentue l’aspect inhumain des mutilés : la guerre déshumanise. Il oppose le fond sombre et les couleurs vives, violentes des personnages (blanc, rose, bleu, rouge…) Il exprime sa propre angoisse en utilisant les moyens du courant expressionniste dont il fait partie.

5- Rapprochement avec d’autres œuvres

Les gravures du même auteur vues à l’Historial de Péronne. Guernica de Picasso.

Saving Private Ryan - Omaha Beach Part 1 - YouTube

(cliquez sur le doc pour avoir accès à l’extrait)

Saving Private Ryan Beach Landing Part 2 - YouTube

(cliquez sur le doc pour avoir accès à l’extrait)

Présenter (L’élève est capable de : Définir la nature du document, donner sa date de création, le nom de l’auteur, son lieu d’exposition.)

Extrait (26mn) d’un film de guerre américain réalisé par Steven Spielberg, il faut sauver le soldat Ryan (Saving Private Ryan), 5 Oscars,1998, durée :2h42mn

Décrire(L’élève est capable de : Décrire le contenu de l’œuvre, citer les techniques utilisées, donner le domaine
artistique.)

L’histoire

Cette fiction nous montre le destin du capitaine John Miller (Tom Hanks) et de son escouade, 7 GI, 7 hommes ordinaires qui représentent une image de l’Amérique, de l’humanité : cynisme, innocence, bravoure, lâcheté, violence, etc. Leur mission, ordonnée par l’état-major, consiste à sauver le deuxième classe Ryan (Matt Damon), quatrième fils d’une famille décimée par le D-Day.
« Le film montre des gens décents placés dans une situation indécente. Il Définit les notions de sacrifice, de responsabilité individuelle et de conscience déchirée » Rodat. (Scénariste du film).

L’extrait

Omaha Beach, secteur green dog, à l’aube du 6 juin 1944.
La Seconde Guerre mondiale vit son jour le plus long : Le capitaine John H. Miller (Tom Hanks), commandant une compagnie de GI américains, tente de débarquer sur la plage et va devoir affronter des défenses allemandes quasi intactes. Les GI débarquent dans la gueule de l’enfer : Des soldats hébétés sont pris sous le feu allemand, certains n’atteindront jamais la plage, noyés. La mer charrie des cadavres et du sang. Les balles déchiquettent les corps L’écho renvoie des râles et des plaintes. Un GI ramasse son bras arraché. Un autre retient ses tripes. C’est le chaos et les GI tentent de survivre, désemparés et affolés sous le feu ennemi. La peur, l’affolement et l’incompréhension règnent. Sous les ordres de Miller, ils vont réussir à atteindre puis à s’emparer des blockhaus allemands, au prix de nombreux sacrifices de vies humaines.

Contextualiser (L’élève est capable de : Citer le courant artistique de l’œuvre présentée, replacer l’œuvre dans son contexte artistique.)

Ici, pas de musique, ni d’envolées lyriques, pas de héros souriant à peine décoiffé considérant le débarquement comme un aimable pique-nique et abattant seul un nombre incalculable d’ennemis, comme dans de nombreux films de guerre réalisés jusque là.
Il faut sauver le soldat Ryan, est un anti-Jour le plus long. Déconseillé par Spielberg lui-même aux enfants, Il faut sauver le soldat Ryan - Ryan, comme l’auteur du Jour le plus long - marque une date dans l’histoire du cinéma américain. Le scénariste Rodat explique qu’il avait continuellement un cliché du photographe Robert Capa sous les yeux : « Il montrait la terreur des hommes. Capa disait : « Si tes photos ne sont pas assez bonnes, c’est que tu n’es pas assez près. Spielberg est assez près. »

Analyser (L’élève est capable de : Donner la signification de cette œuvre dans le champ thématique choisi.)

Le Débarquement vu par Steven Spielberg est un monument de 24 minutes intenses :

Très réaliste, voire choquante par sa brutalité crue, cette introduction constitue l’un des points forts du film, en exposant le contexte humain du sacrifice, de la souffrance, de la peur et de la solidarité des hommes au combat.

Avec une texture d’image qui rappelle le documentaire, Spielberg a filmé la guerre en couleurs.

On assiste alors à une reconstitution historique d’une rare intensité : Le réalisateur nous montre l’anarchie du combat.

La caméra plongée au coeur des tirs, instable, affolée, portée, ne sait plus où donner de l’objectif. Pas de plan large, mais des détails glanés par l’oeil d’un participant (Tom Hanks), que la situation dépasse. La caméra est au cœur de l’action, au milieu des soldats, ce qui place le spectateur au milieu des combats et lui fait partager au plus près les souffrances des hommes. De plus, son utilisation en caméra subjective, place le spectateur parmi les soldats. Il partage ses souffrances et ses angoisses au plus près.
Le son donne ici à la scène un relief tout particulier pour le spectateur cerné par les balles qui sifflent à ses oreilles. Entre le bruit des détonations, les surdités momentanées(blancs sonores) provoquées par la déflagration d’une grenade tombée trop près, les corps qui coulent, on prend conscience avec plus d’acuité que jamais de la terreur que peut provoquer la peur de mourir. Ici la guerre ne serait pas une question de courage, mais une question de survie : Nous voyons des hommes terrorisés, tremblants, hurlants, se vengeant sur des Allemands qui se rendent.

Spielberg filme moins la guerre que des hommes en train de faire la guerre. Or il semble que tous les hommes soient égaux dans la peur comme dans la violence, dans l’émotion comme dans l’abjection. Ici la peur est omniprésente, Spielberg nous y plonge littéralement jusqu’aux remarques de Tom Hanks et de son sergent : « Drôle de spectacle !... –Oui, drôle de spectacle… »concluant cet extrait. Spielberg nous prend-il à partie, bien installé devant l’écran, mais ayant subi avec eux la terrible brutalité de cette introduction ?

Avec Il faut sauver le soldat Ryan, Steven Spielberg ne fait pas un film de plus sur la guerre. Il rend hommage à tous ces jeunes Américains ordinaires qui sont venus mourir, un beau jour de juin, en Normandie. « A la fin du millénaire, il importe de se souvenir du passé, surtout aux Etats-Unis, qui vivent au présent », estime Spielberg.
Il faut sauver le soldat Ryan est donc une œuvre cinématographique consacrée au devoir de mémoire.

Sentiers de la Gloire.L'assaut - YouTube
http://www.youtube.com/embed/30Bvb67z-9Y

(cliquez sur le doc pour avoir accès à l’extrait)

Présenter (L’élève est capable de : Définir la nature du document, donner sa date de création, le nom de l’auteur, son lieu d’exposition.)

Extrait (8mn28s) d’un film américain de Stanley Kubrick, Les sentiers de la gloire (Paths of Glory), 1957, durée : 1 h 26 min, noir et blanc, d’après le roman d’Humphrey Cobb. Acteur principal : Kirk Douglas (le colonel Dax)

Décrire (L’élève est capable de : Décrire le contenu de l’œuvre, citer les techniques utilisées, donner le domaine artistique.)

L’histoire

Durant la Première Guerre Mondiale (1914-1918), le conflit s’est enlisé dans la guerre de tranchées, l’état-major français décide alors une offensive suicidaire, s’emparer de la « colline aux fourmis ». Repoussé par le feu ennemi, le 701e régiment, commandé par le colonel Dax, doit se replier. Le général Mireau, chef de l’offensive qui avait donné l’ordre de tirer sur sa propre armée pendant l’attaque, demande alors de traduire en conseil de guerre le régiment pour « lâcheté ». Dax, prenant la défense de ses hommes, soumet au général Broulard, chef de l’état-major, les preuves que le général Mireau a voulu faire tirer sur sa propre armée pendant l’offensive. Broulard révoque celui-ci et propose le poste de Mireau à Dax en croyant que celui-ci agit par ambition. Dax refuse et malgré ses efforts, trois de ses hommes tirés au sort seront condamnés à mort et exécutés.

L’extrait

L’offensive est une scène clé du film :
Tôt le matin, suite à l’inspection du colonel Dax et sous son commandement, les soldats sortent des tranchées et montent à l’assaut. Le général Mireau suit la scène de loin. Déroutés et décimés par le feu de l’ennemi, que l’on ne verra jamais, les soldats de la 1° vague échouent dans le No man’s land. La seconde vague d’assaut refuse alors de quitter sa tranchée. Le général Mireau, furieux,
ordonne à l’artillerie française de pilonner ses propres troupes mutinées. Devant un tel échec, Le général Mireau décide de replier le 701° régiment sur l’arrière et de passer ses hommes par le peloton d’exécution pour lâcheté devant l’ennemi.

Contextualiser (L’élève est capable de : Citer le courant artistique de l’œuvre présentée, replacer l’œuvre dans son contexte artistique.)

Contexte

Les Sentiers de la gloire » est une adaptation cinématographique du best-seller d’Humphrey Cobb datant de 1935.

Le film s’inspire de faits réels : Près de 2 000 soldats ont été réellement fusillés « pour l’exemple » par l’armée française au motif de « lâcheté devant l’ennemi ». Le général Revilhac a voulu faire tirer sur son propre régiment bloqué dans les tranchées lors d’un assaut, puis il a fait exécuter quatre soldats en mars 1915, qui seront réhabilités en 1934.

Le film reçoit plusieurs récompenses. En France, il sera boycotté et ne sera même pas soumis à la commission de censure. Les cinéphiles iront le voir en Belgique. Le film sortira en France dix-huit ans plus tard.

« Le film de Kubrick n’a jamais été soumis à la censure officielle française. Mais, montré en Belgique, il subit bien vite les attaques de militaires et d’anciens combattants choqués par la vision de l’armée française que propose le réalisateur. En outre, la diplomatie française déclenche une violente offensive à destination des Artistes associés, distributeurs du film en Europe…. Autocensuré, le film n’a donc plus aucune chance de sortir en France. Il faut attendre 1975 pour que, les passions étant apaisées et la censure assouplie, le film de Kubrick puisse enfin être projeté. »

Analyser (L’élève est capable de : Donner la signification de cette œuvre dans le champ thématique choisi.)

Ce film de Kubrick est moins un « film de guerre » qu’un film contre la guerre, et même plus précisément un film contre l’armée. Il dénonce et démontre des rapports sociaux profondément établis, ancrés et faussés, dans le corps militaire, et la résistance, vaine, que leur offrira un individu, le colonel Dax.

L’opposition, à la différence du film de guerre classique, ne passe donc pas tant entre deux camps ennemis qu’entre les supérieurs et les soldats d’un même camp. Elle s’illustrera par la mise à mort de 3 soldats, afin de sauver la face de leur officier supérieur, fautif.

Dans l’œuvre de Kubrick, ce film renvoie à d’autres films ayant pour thème la guerre, ou plus exactement, la dénonciation du système militaire et les abus du pouvoir : Dr Folamour (1964), Full Metal Jacket (1987).
Quant à la violence physique ou psychologique, ainsi que les relations sociales et les rapports de force inhérents, nous les retrouvons dans : 2001 l’Odyssée de l’espace (1968), Orange mécanique (1971), Barry Lyndon (1975), Eyes Wide Shut (1999).

SUPERMARKET LADY

DUANE HANSON, 1969-70

Arts du visuel

Auteur : Duane Hanson

Titre :supermarket lady

Nature : sculpture à taille humaine

Date : 1969/1970

Lieu d’exposition : musée d’art contemporain à Aix la Chapelle en Allemagne

Matériaux : fibre de verre, résine, peinture, vrais cheveux, vêtements, caddie, emballages et accessoires divers

Courant artistique : l’hyperréalisme

Présentation.

Sculpture de Duane Hanson, intitulée Supermarket lady, réalisée par Duane Hanson en 1969-70.
Né en 1925 aux Etats-Unis, dans le Minnesota , dans une famille de fermiers, Duane Hanson fait des études artistiques, enseigne en Europe et aux Etats-Unis. Puis il se consacre à la sculpture en travaillant sur des moulages. Il met en scène une pose caractéristique et moule le corps du modèle avec des bandes de plâtre. Il coule ensuite du polyester dans ces moules et renforce ses moulages avec de la fibre de verre, les soude, les peint puis ajoute une perruque, des vêtements et des accessoires. Il peint selon une technique méticuleuse pour donner l’illusion du réel. Il est considéré comme un des chefs de file du mouvement "hyperréaliste". Il est mort en 1996.

Description.

Une femme ronde poussant un caddie rempli de victuailles,
 :
La femme Le caddie
• Obèse : trop nourrie
• Problème de santé (jambes lourdes)
• Des bijoux
• Fume
• Des bigoudis
• Air désœuvrée
• Fatiguée
• Pouvoir d’achat
• C’est la femme qui est chargée des courses
• Conclusion, le modèle de la ménagère de moins de 50ans
• Plein, débordant
• Produits surgelés
• Nourriture en sachet En boite
• Pas diététique
• Des emballages nombreux
• Nourriture pour animaux
• Conclusion : un chariot plein qui symbolise la société de consommation

C’est un moulage en résine de polyester, matériau moderne de l’époque, puis peint à l’acrylique (rendu réel), enfin : de vrais vêtements, vrais cheveux, des yeux de verre et accessoires en tout genre. Le modèle est représenté en taille réelle, en accentuant les détails qui donnent l’illusion du réel (comme la cigarette par exemple).
L’œuvre s’inscrit dans le mouvement de l’hyperréalisme, dont Hanson est un des chefs de file aux USA. . En ce sens l’hyperréalisme est à rapprocher du pop’art qui utilise les objets de consommation et fait même de ses productions des objets de consommation (l’œuvre d’art descend de son piédestal de l’unicité).

Interprétation.

Représentation d’une ménagère ordinaire : un sujet du quotidien. C’est l’émergence de la consommation de masse : une femme qui consomme à outrance (caddie rempli), des produits en tout genre. Le caddie est le symbole du supermarché, c’est un nouveau mode de consommation où tout est rassemblé en un seul lieu. D’où l’émergence aussi de l’automobile, qui permet de transporter toutes ces victuailles et de rallier les supermarchés, situés dans la périphérie des grandes villes. En France par exemple, le premier supermarché (carrefour) ouvre à Sainte Geneviève des bois dans la banlieue parisienne en 1963

C’est la période des 30 Glorieuses : les ménages voient leurs revenus augmenter, c’est le plein emploi, la consommation augmente, on parle de la consommation de masse. C’est aussi l’Irruption d’une culture plus urbaine et industrielle : les produits présentés sont tous des produits issus de l’industrie, et souvent repérables grâce aux marques comme Coca Cola. D’où une forme d’uniformisation (tout le monde achète la même chose). Tout ceci est typique des Etats-Unis, où ce mode de consommation s’est développé de manière précoce et intense. La critique est accentuée ici par l’accumulation et par l’enlaidissement : bigoudis, cigarette à la bouche.

Conclusion.

Avec cette sculpture, Duane Hanson critique la consommation de masse, particulièrement développée dans son pays, les Etats-Unis à la fin des années 1960. Il montre l’aspect néfaste et l’uniformisation de ce type de consommation. Un mode de vie urbain qui se répandra pourtant dans le monde entier. Plus généralement Duane Hanson veut vous montrer l’Amérique telle qu’il la voit. Il ne nous présente pas le « rêve américain » : pas de star, d’acteurs ou de chanteurs qui brillent à Hollywood, mais les gens tels qu’ils existent (une femme de ménage, un serveur, des ouvriers...). Ce sont des gens que l’on rencontre tous les jours, dans la rue, au supermarché... Ils sont statufiés dans un épisode de leur vie.
Les personnages sculptés de Hanson nous paraissent réels parce que leurs attitudes, les moments où ils sont plongés dans leurs pensées et leurs accessoires nous sont familiers.
Le but du sculpteur est de faire une critique de la société américaine, en montrant le racisme, la pauvreté, les personnes maltraitées. Il couvre quasiment tous les sujets qui dérangent : des multiples facettes du racisme, en passant par la pauvreté (les sans domiciles), la dépendance (avec drug addict) et la maltraitance .Il transporte des scènes de la vie quotidienne au musée pour les y immortaliser. Une de ses œuvres majeures montre un policier blanc tabassant un Afro-Américain après l’assassinat de Martin Luther King. Duane Hanson persiste avec des thèmes aussi épineux que la guerre du Vietnam, les femmes battues et les sans domicile fixe.

L’hyperréalisme

L’hyperréalisme est un courant artistique (peinture, sculpture) né aux ETATS UNIS, caractérisé par un rendu minutieux de la réalité inspiré d’images photographiques.
Dans les années 1960, dans la mouvance pop art, l’hyperréalisme adhère au réel par imitation de la technique précise des gros plans photographiques, tout en manipulant certains détails, amenant le spectateur à une réflexion sur la notion même de réalité.

Quelques hyperréalistes : Chuck Close en peinture,

Une peinture hyperréaliste de Chuck close et un détail agrandi de cette dernière.

A rapprocher aussi du pop’art : Andy Warhol : portrait de Marilyn Monroe

Guernica de Pablo Picasso


1) Quelle est la nature du document ?

. Il s’agit d’un tableau, une huile sur toile.

2) Qui en est l’auteur ? Comment s’intitule-t-il ?

. L’auteur de cette oeuvre est Pablo Picasso (1881 – 1973), elle s’intitule Guernica.

3) De quand date-t-il ?

Le tableau date de 1937.

4) Quel est le sujet de l’oeuvre ? Que peux-tu dire du contexte historique de sa réalisation ?

Le sujet de l’oeuvre, c’est l’horreur de la guerre. En avril 1937, en pleine guerre civile espagnole, les
avions allemands envoyés par Hitler pour aider les nationalistes (partisans du Général Franco alors au
pouvoir) massacrent les habitants de Guernica, une petite ville basque du Nord du pays aux mains des républicains (opposants de Franco).

5) Que peux-tu dire de la composition de l’oeuvre ? (composition= structure, organisation des formes, masses, jeux des lignes de force…)
- Quelle remarque ferais-tu au sujet de son format (précise les dimensions) ?
- Comment les formes sont-elles disposées les unes par rapport aux autres ?

. L’oeuvre possède de grandes dimensions. Le format – rectangulaire – est assez particulier, de par son horizontalité. Différents personnages se déploient sur cette surface ; ce format « allongé » correspond bien à la dimension narrative de l’oeuvre, puisque c’est bien l’histoire de Guernica et de ses habitant qui nous est racontée par Picasso.

La composition de l’oeuvre repose sur deux procédés : la superposition et la juxtaposition de formes. Les différents éléments qui sont figurés s’articulent, se « chevauchent » ou s’entremêlent. Cela contribue à exprimer l’idée de désordre, cela reflète le chaos de l’évènement dépeint. On perçoit des zones denses, occupées par des masses (personnages, animaux…) et l’arrière plan sombre, plus « vide » d’où se détachent ces éléments. Ce contraste contribue à mettre en valeur les formes, en les faisant ressortir.

. La répartition des masses et les jeux de contrastes définissent une « masse triangulaire » au centre de la composition : en adoptant ne telle construction (dite « pyramidale »), Picasso s’inscrit dans la tradition :
ce type de composition est récurrent depuis la Renaissance.

6) S’agit-il d’une réalisation abstraite ? Pourquoi ? Comment qualifier les formes de l’oeuvre ? Peut-on dire qu’on oscille entre figuration et abstraction ? Pourquoi ?

. Il ne s’agit pas d’une oeuvre abstraite, mais bien d’une oeuvre figurative. En effet, certains des éléments représentés font référence au corps humain, à l’animalité : on a donc un ensemble de formes anthropomorphes et zoomorphes qui s’articulent et coexistent au sein de la composition. On reconnait des objets, tels que l’ampoule, la lampe… Les formes sont stylisées, épurées : le corps et représenté de façon « simplifiée », et ce dans un but expressif. Les proportions ne sont pas respectées, il n’y a pas cette volonté de réalisme que l’on retrouve dans d’autres oeuvres, souvent antérieures au XXe siècle.

. On peut néanmoins nuancer et préciser que Guernica oscille entre abstraction et figuration, dans la
mesure où de nombreuses formes géométriques et géométrisées sont présentes.

7) Que peux-tu dire de l’usage qui est fait de la couleur ? Peut-on d’ailleurs vraiment parler de couleur ?
Quel terme plus exact pourrait-on employer ?

. Il n’y a quasiment pas de couleur dans ce tableau. On a en revanche différents niveaux de gris, du noir, du blanc (+ un peu de bleu, assez soutenu, et de brun). On parle en l’occurrence de valeurs plus que de couleur. En effet, ici les couleurs vives et contrastées que l’on associe habituellement aux oeuvres de Picasso n’ont pas lieu d’être, notamment parce qu’il s’agit d’une évocation du chaos.

. On peut aussi faire un lien avec les photographies de presse diffusées en noir et blanc. Picasso fait
référence aux caractères typographiques (=> formes des lettres) en rythmant certaines surfaces de
« petits traits » : cela rappelle l’aspect du papier journal.

. La couleur est répartie en aplats (surfaces uniformes, pas de jeux d’ombre, pas de modelé ou dégradé)

8) Que symbolisent les « figures » principales de l’oeuvre ? A quoi renvoie le taureau/minotaure ? Que symbolise le cheval blessé ? Que représentent la mère et son enfant ?, à quelle tradition iconographique font-ils écho ? As-tu repéré d’autres symboles intéressants ?

. Le taureau/minotaure : renvoie à la cruauté, à la barbarie du pouvoir (franquiste et hitlérien en
l’occurrence). Le minotaure est une figure que l’on retrouve de façon récurrente dans l’oeuvre de Picasso, et qui ne symbolise pas toujours la même chose en fonction des oeuvres.

. Le cheval blessé, c’est la souffrance du peuple, et c’est le symbole de la liberté entravée : il n’y a plus de liberté d’expression, la population est « sous contrôle ».

. La mère et son enfant, c’est un symbole universel, commun à l’humanité toute entière. Ici la femme a
des yeux en forme de larme et une langue pointue, faisant penser à un couteau. Cela renvoie donc à
la douleur du personnage.

Cela fait également référence à la tradition iconographique occidentale : les piétas sont des
représentations de la Vierge Marie pleurant la mort du Christ. Elles peuvent être peintes ou encore sculptées, comme la fameuse Piéta de Michel Ange.

. D’autres symboles sont présents dans Guernica : certains évoquent malgré tout l’espoir comme la lampe ou encore la petite fleur figurée au bas de la composition.

9) Qu’est-ce que la propagande ? Sous quelles formes/quels supports a-t-elle étudiées dans le cadre du cours d’histoire ? Peux-tu te référer à des exemples (en citant tes références).

. La propagande correspond à la volonté de propager une idée, une doctrine politique, par le biais de
différents moyens et de différents médias (radio, presse, cinéma, discours, affiches dans les rues, dans les journaux et aujourd’hui télévision, Internet…). La propagande peut également apparaître au sein de l’art, lorsque celui-ci est mis au service du pouvoir.

« Le peuple doit commencer à penser d’une manière uniforme, à réagir d’une manière uniforme, et à se mettre à la disposition du gouvernement de tout son coeur » explique Joseph Goebbels, (ministre
allemand de l’Information et de la Propagande) dès 1933. Cette citation démontre bien ce désir de contrôle sur l’ensemble de la population, qui doit former une « masse » dénuée de tout esprit critique

. En cours d’histoire, la propagande a été étudiée sous la forme d’affiches de différents régimes totalitaires (voir cahier d’histoire et manuel).

10) Peut-on dire que l’oeuvre ci-dessus relève de la propagande ? Est-ce plutôt une oeuvre d’art engagé ?
Pourquoi ?

. Guernica de Pablo Picasso ne relève pas de la propagande ; c’est pour l’artiste une façon de prendre position contre les agissements du régime franquiste (le régime de Franco) associé aux nazis : son tableau est une oeuvre d’art engagé. Ici, Picasso, encore sous le choc de l’évènement dénonce le crime dont il est témoin, il exprime sa douleur face au massacre de ces civils et affirme son soutien aux républicains.

I. Cartel d’identification de l’œuvre (Présenter)

Titre : Liberté, J’écris ton nom
Artiste : Fernand Léger
Genre : illustration du poème de Paul Eluard « Liberté »
Support : Livre en accordéon de 33 cm, imprimé sur papier Auvergne en 212 exemplaires
Éditeur : Seghers
Date et lieu de publication : 1953, Paris.

II. Analyse de l’œuvre
1. Contexte artistique et historique
A. Les auteurs (Présenter et contextualiser)
Fernand Léger (1881-1955)
Fils de paysans, F. Léger s’intéressa à l’architecture, dont il devait faire son métier. A 19 ans, il s’installe à Paris et découvre l’effervescence artistique de la capitale. Il s’intéresse alors à la peinture et ses premières œuvres s’inspirent de l’impressionnisme.
La découverte de la peinture de Cézanne est une révélation qui l’amène au cubisme.
Son propre style reposant sur un contraste entre formes et couleurs naît.
Après la Première Guerre Mondiale au cours de laquelle il est mobilisé puis réformé, F. Léger s’intéresse aux thèmes de la ville, des objets et des machines. Sa peinture intègre des motifs urbains et mécaniques tout en géométrisant la figure humaine.
Au cours des années 30, la figure humaine revient au centre de ses œuvres.
En 1940, F. Léger s’exile à New York. Au cours de cette période très créative, il invente le principe de la couleur en dehors qui dissocie couleurs et formes.
Après son retour en France fin 1945, F. Léger, animé par l’idéal d’un art pour tous, peint des œuvres monumentales et optimistes s’inspirant du monde des loisirs et des progrès sociaux. Il réalise de nombreuses commandes pour des édifices religieux ou publics.

Paul Eluard (1895-1952)
Marqué par la Première Guerre Mondiale, Paul Eluard était un pacifiste.
Il participa au mouvement Dada, mouvement artistique et culturel né en 1916 à Zurich et précurseur du Surréalisme, mouvement dont il sera également un membre. Le Surréalisme fut initié notamment par André Breton dont Eluard fut un ami proche. Le Surréalisme se définit comme une « dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique et morale. » (Manifeste du surréalisme).
La poésie d’Eluard était à la fois lyrique et engagée. Il affirma sa solidarité avec l’Espagne républicaine (La Victoire de Guernica, 1938) et son engagement dans la Résistance , où il assuma la direction du Comité national des écrivains pour la zone Nord.

B. Poésie et engagement pendant la Résistance (Contextualiser)
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, l’activité poétique était intense et profitait de divers moyens de diffusion (publications clandestines, diffusions par la radio, parachutages par la Royal Air Force). On peut signaler notamment la création en 1942 des Éditions de Minuit clandestines qui publient en 1943 L’Honneur des poètes, un recueil collectif rassemblant vingt-deux poètes sous divers pseudonymes.
De nombreux poèmes comme Liberté étaient connus par cœur par les résistants.

2. Lecture analytique du poème (Analyser)
1.Combien de strophes le poème comporte-t-il ?
Le poème comporte 21 strophes.
2. De quel type de strophe, de vers s’agit-il ?
Chaque strophe comporte 4 vers (quatrains) dont les 3 premiers comportent sept syllabes (heptasyllabes) et le 4e quatre syllabes (tretrasyllabes ou quadrisyllabes).
3. A partir de quelle anaphore est construite chaque strophe ?
Les 20 premières strophes sont construites sur la même anaphore « sur ». Cette préposition introduit un groupe nominal qui a la fonction de complément circonstanciel de lieu. Chaque strophe se termine un refrain final « J’écris ton nom ».
4. Observez le vers qui est répété dans chaque strophe. Qui s’exprime ? A qui s’adresse-t-on ?
« J’écris ton nom » : ce vers est répété à la fin de chaque strophe (sauf pour la dernière), c’est le poète qui s’exprime (voir le « je »). Tout au long du poème, on ne sait à qui il s’adresse. Seul le dernier vers permettra de comprendre qu’il s’adresse à la Liberté. Ce vers répété est une preuve de volonté, de persévérance, au service de l’espoir. Sa longueur et sa structure répétitive prouvent que le poète accomplit un effort pour faire connaître la liberté. Sa démarche personnifie cette idée abstraite de liberté.
5. Quel est l’effet produit ?
L’effet produit est un effet d’attente : on connaît l’action d’écrire, on connaît les lieux de l’action (nombreux) mais on ne connaît pas le destinataire, il faut lire le dernier mot du poème pour le savoir (effet d’attente).
6. Comment la dernière strophe est-elle mise en valeur ?
La strophe 21 est mise en valeur par la conjonction de coordination « et ». Elle se termine par le mot « Liberté » mis en valeur par son détachement.
7. Que peut-on dire du rythme et des rimes ?
Le rythme est lié à l’anaphore. Il y a absence de rimes traditionnelles, le poète préfère le phénomène assonance/allitération beaucoup plus fluide. Ex : vers 25-28 : allitération (répétition d’un son consonne) en [ch] et en [z] et assonance (répétition d’un son voyelle) en [on] et [an]. Ceci donne au texte un aspect mélodique. Le grand nombre de strophes, et la structure répétitive de ces strophes font que l’information n’avance pas. Ce poème devient une sorte de chant envoûtant qui fait attendre le mot que l’on chante.
8. Pourquoi le poète associe-t-il différents supports (réels, concrets, imaginaires, abstraits) ?
La volonté du poète est d’écrire le mot « Liberté » sur tous les supports possibles dans le monde : enfance v. 1-2, v. 5 ; pouvoir v. 10-11 ; nature v. 25-26-30 ; espace privé v. 45-48-50. Dans les strophes 1-2-7-11, le poète nomme des objets, des lieux qui appartiennent au monde familier, quotidien puis à partir du vers 45 le poète évoque un univers plus intime. C’est sans doute la marque d’une implication plus personnelle. Mélange de supports concrets et imaginaires : dans les strophes 6, 9, 10 les éléments du quotidien sont transformés par des métaphores (vers 21). On note une multiplication des supports imaginaires, insolites qui donnent au texte sa valeur symbolique. Le poète mélange les supports car sa démarche touche l’universel, tout support est possible du réel concret « cahier d’écolier » à l’imaginaire abstrait « chiffons d’azur ». Il s’agit d’un hymne à toutes les facettes de la vie, à l’espoir, au rêve (cf appartenance d’Eluard au mouvement surréaliste).
9. Comparez les strophes 18, 19 et les strophes 20, 21 : quels sont les sentiments successivement exprimés ?
Certaines images de découragement sont liées au contexte de la guerre, aux moments difficiles vécus par les maquisards loin de leurs proches. Ces strophes 18 et 19 constatent des pertes, des destructions ; elles expriment la désillusion, la tristesse, la solitude... MAIS les deux dernières strophes évoquent de nouveaux départs, des réussites ; les sentiments exprimés sont l’assurance, l’optimisme, la foi en l’avenir.
10. Par quel moyen et pourquoi le dernier mot du poème est-il mis en valeur ?
Le poème se termine par le mot « Liberté » qui est mis en valeur par sa position finale et son détachement par rapport au reste du poème. Il est isolé et le mot forme un vers à lui seul. Il est également mis en valeur par l’interminable attente créée par la longueur du poème.
11. Pourquoi ce poème est-il un exemple de poésie engagée ?
Ce poème appartient à la poésie engagée car il chante la puissance de la liberté et son caractère universel à un moment où la France est occupée et sous le coup de la censure. Paul Eluard prend parti pour la Résistance. Ce texte vise un objectif de libération même si la guerre n’est pas nommée.
12. Pourquoi selon vous ce poème est-il célèbre ?
Le poème ne fait pas allusion à une période historique précise si bien qu’il ait une portée universelle. Il affirme avec des mots simples la nécessité de vivre libre. Cette universalité du propos et cette simplicité du style (qui fait cependant écho à la poésie surréaliste) ont permis au poème d’accéder à la célébrité.

Bilan :
La force du poème provient essentiellement de la mise en valeur du mot « Liberté » qui a pris une résonance particulière durant la période de l’Occupation où le poème a été largement diffusé. Ainsi que le déclara Paul Eluard en 1952 : « Ce mot, liberté, n’était lui-même, dans tout mon poème, que pour éterniser une très simple volonté, très quotidienne, très appliquée, celle de se libérer de l’occupant. » (« La poésie de circonstance », conférence prononcée par Eluard le 17 janvier 1952).

3. Analyse de l’illustration du poème par Fernand Léger (Analyser)
1. Quels sont les éléments qui composent l’illustration (dessin, mots, couleurs) ?
A gauche, on distingue parmi des aplats de différentes couleurs, un nom et un visage. Il s’agit du nom « Paul Eluard » et de la représentation très schématisée du visage du poète. Cette partie de l’illustration reprend un tableau précédemment réalisé par F. Léger à l’aide de peinture acrylique sur un support en bois de 3 mètres sur 4. Au-dessus du visage apparaît le titre du poème « Liberté » et sur la main du poète et sous son visage, le vers « J’écris ton nom » répété à la fin de chaque strophe du poème. L’expression « J’écris » a été placée sur un des doigts du poète. Ce choix rappelle la dimension manuelle de l’écriture, l’acte même d’écrire très fortement sollicité dans le poème par les différents supports (réels, concrets, imaginaires, abstraits) sur lesquels le poète « écrit » le mot « Liberté ».
Au centre du livre en accordéon figure le texte du poème. On distingue cinq parties séparées par des applications de couleurs qui parfois s’immiscent entre les strophes. Quatre parties regroupent chacune cinq strophes et la dernière partie isole la dernière strophe qui se distingue des autres par sa forme et son message différent (disparition de l’anaphore de « sur » en faveur de la conjonction « et » ainsi qu’ annonce du nom écrit par le poète, le nom qui est attendu dans tout le poème, le nom « Liberté ».)
A droite, figurent les mots « ton nom » et « Liberté » de part et d’autre de la dernière strophe ainsi que le nom du peintre, Fernand Léger. Ce nom, placé en bas à droite rappelle les signatures d’artistes figurant en bas à droite des tableaux. Le mot « Liberté » écrit en lettres cursives avec des petites « vagues » sous le mot ressemble ainsi à une signature manuscrite, à la différence des autres mots écrits en lettres majuscules qui apparentent davantage l’objet livre à une affiche. (En poussant l’interprétation, ce serait la « Liberté » qui serait le véritable auteur de l’œuvre tout entière, le moteur de toute création artistique engagée.)
Il y a un effet de symétrie par la reprise à droite des mots « Liberté » et « ton nom » figurant à gauche. Les caractères et leurs tailles diffèrent, témoignant précisément d’une liberté de l’écriture.
Mis à part les couleurs entre les strophes, l’illustration encadre le poème qui se trouve au centre et ainsi mis en valeur même s’il n’est pas l’élément le plus visible du fait de la taille et de la couleur des caractères du poème.
Les couleurs employées sont des couleurs vives, à part à droite où l’on remarque deux nuances de bleu pour écrire « ton nom ».
Les plus employées sont les trois couleurs primaires : rouge, bleu et jaune ainsi que certaines des couleurs complémentaires à ces trois couleurs. (Rappel : les couleurs complémentaires s’organisent ainsi : jaune/violet ; orange/bleu ; rouge/vert.)
Ainsi, sur la droite de l’illustration, l’orange voisine avec le bleu, le rouge voisine avec le vert sur la gauche de l’illustration. Le peintre ne recherche pas de subtiles harmonies, mais il reprend des rapports de couleurs fondamentaux qui vont attirer l’œil du spectateur.
2. Quels sont les effets des choix opérés par F. Léger ?
3. En quoi cette illustration est-elle représentative du style pictural de Fernand Léger ?
La taille des lettres de couleur leur confère un caractère monumental et visible de loin comme le ferait une affiche qui doit attirer l’œil. Le message ainsi transmis est l’idée de la liberté qui pour être affirmée doit être écrite.
Le dessin met en valeur l’auteur du poème illustré, comme pour réaffirmer que la poésie engagée implique également son auteur en tant que personne réelle et citoyen. On peut y voir également un hommage rendu au poète pour son action en tant que Résistant au cours de la Seconde Guerre Mondiale.
Le choix des couleurs rappelle l’œuvre picturale de F. Léger qui se caractérise par un tracé noir et des couleurs vives, primaires et/ou complémentaires. Les aplats de couleur indépendants du tracé noir, du dessin, font écho à la technique de la « couleur en dehors » pratiquée par F. Léger dans certaine de ses œuvres.
Sont créées par ces techniques une netteté, une franchise dans la répartition des figures et des couleurs qui sont un écho de l’engagement net et sans nuances du poète en faveur de la liberté et de la lutte contre l’oppression.

Bilan de l’étude du poème illustré
Ce poème illustré, œuvre à part entière, est une « lecture » du poème de P. Eluard qui confère à ce dernier une dimension artistique supplémentaire par le recours au style pictural propre à F. Léger. Cette œuvre réalisée en 1953 est à voir comme un hommage rendu à l’engagement du poète et des écrivains français durant la Seconde Guerre Mondiale et une volonté de réaffirmer par tous les moyens artistiques la valeur de la liberté.

III. Élargir
Cette œuvre « double » -poétique et picturale- peut être rapprochée d’autres œuvres littéraires et artistiques produites pendant la période de l’Occupation et notamment la poésie engagée. On pense aux textes de Louis Aragon (« La Rose et le Réséda »), de Robert Desnos (« Couplets de la rue Saint-Martin », « Demain »), de Jacques Prévert (« Barbara ») dont certains d’entre eux ont ensuite été chantés par des artistes importants.
Un lien et un enrichissement mutuel s’établissent ainsi entre poésie et peinture mais également entre poésie et chanson. La multiplication des supports artistiques permet la diffusion et la connaissance de ces œuvres qui rappellent s’il en est besoin la nécessité de la paix et de la liberté.

IV. Mots clés et résumé de l’étude (Préparer l’oral)
Mots clés pour caractériser l’œuvre :
POEME ILLUSTRE – PEINTURE – SURREALISME – RESISTANCE – ENGAGEMENT – STYLE PICTURAL – MEMOIRE – HOMMAGE.

(en attente...)

Les affiches de mai 1968.

Carte d’identification : arts du visuel

Le genre : affiches (26)

Le titre : sans titre

La date : mai 1968

La technique : La plupart sont des sérigraphies sorties de l’Atelier populaire (c’est-à-dire l’école des Beaux-arts de Paris), Etudiants, ouvriers, syndicalistes et artistes collaborent à la réalisation d’affiches où sont mis en images les mots, les attentes et les révoltes de Mai 68.
La sérigraphie s’inspire du pochoir. Elle consiste à boucher les parties que l’on ne veut pas voir imprimer d’une soie (à l’origine mais en 68 on utilise le nylon moins coûteux). La soie se tend sur un châssis de bois et une raclette sert à étaler l’encre qui traverse et s’inscrit aux endroits non obturés. Les affiches de mai 68 allaient presque toutes utiliser cette technique simple et peu coûteuse. Très rapidement les ateliers produisent plusieurs milliers d’affiches par jour : entre le 14 mai et le 27 juin on estime à un million le nombre d’affiches produites.

Lieu d’exposition : la rue.

Auteurs : anonymes, elles sont l’œuvre de groupes de travail.

Artistes contemporains : Andy Warhol (qui utilise aussi beaucoup la sérigraphie), Roy Lichtenstein.

Description générale :

On constate une grande variété dans les slogans et les thèmes mais une plus grande unité dans la réalisation : absence de dégradé, mono ou bichromie (le plus souvent)...donnant un aspect naïf à la production. On retrouve beaucoup d’affiches qui ne sont en fait que du texte ; ce qui les rapprochent des graffitis qui se multiplient sur les murs de Paris durant cette période.

Le contexte historique ;

A la fin des années 1960, les pays industrialisés doivent faire face à un vaste mouvement de contestation (USA : guerre du Vietnam). En France, en mai 1968, 3 crises se superposent : crise étudiante, crise sociale et crise politique .De Gaulle président de la V République est très critiqué. Le pays est paralysé par les grèves. Ce n’est qu’à la fin du mois que le pouvoir reprend la situation en mains. A Paris le 30 mai, une grande manifestation de soutien à De Gaulle donne le signal du « retour à la normale ».

Analyse des affiches :

3 axes d’étude dans le tableau :

les acteurs de mai 68 , la contestation et les revendications.
(Lire aussi le cours et le livre pages 312/313)

Les acteurs La contestation Les revendications

-  la jeunesse « une jeunesse que l’avenir inquiète trop souvent ». La jeunesse étudiante issue du baby boom est à l’étroit dans la société de consommation. Une soif d’idéologie et de liberté véhiculée par les idées gauchistes (gauchistes = qui a des idées d’extrême gauche) lui fait critiquer la logique capitaliste et la morale conservatrice.
- 
-  (affiche 1.3.18.20.26)
- 
- 
-  les travailleurs : allusion au pouvoir populaire, à une union des travailleurs et aussi aux immigrés nombreux en cette période des 30 Glorieuses.
- 
-  (affiche 7.19.26.)
- Leader de la révolte étudiante parisienne, Daniel Cohn-Bendit est rentré, le 21 mai 1968, dans son pays d’origine, l’Allemagne, pour quelques jours. Les autorités françaises en profitent pour l’interdire de séjour. Il devient alors le symbole de toute une génération "d’indésirables".

(affiche3.8)

-  - -le système capitaliste : critique de la logique de profit et du patronat.
(affiche11.20)

- les méthodes de travail : le travail à la chaîne, les cadences, en relation avec la forte croissance économique des 30 Glorieuses.
(affiche 21.25)

- les médias il leur est reproché soit d’être à la solde du pouvoir, soit de donner des informations fausses. Et de fait, en 68, le pouvoir gardait un contrôle très serré de l’ORTF.
(affiche 10.14.17)

- la répression policière, les CRS, les forces de l’ordre : des heurts violents vont opposer à Paris au quartier latin manifestants et C.RS.
(affiche 10.19)
- la société bourgeoise : bureaucratie, ordre, morale.
(affiche 2.4.6.9.10)
- la guerre : guerre du Vietnam, politique de grandeur de De Gaulle qui dote la France de l’arme atomique
(affiche5.8)

-liberté de la presse.
(affiche14.16)
- union travailleurs, étudiants. pour une société meilleure et plus égalitaire.
(affiche7.11.18.26 )
- des réformes. : du système éducatif (délégués d’élèves), de la majorité encore à 21 ans.
(affiche12.13)
- un hausse des salaires : les accords de Grenelle amènent une hausse des salaires de 10%.
(affiche 5)

Tout au long des événements, la Sorbonne apparaît comme l’épicentre des mouvements de contestation. La jeunesse étudiante veut changer la société, qu’elle juge archaïque et paternaliste, mais aussi injuste envers ceux qui travaillent, les ouvriers. Contre toute attente, les travailleurs grévistes et les étudiants vont s’allier.

Alors que les travailleurs réclament la hausse de leur pouvoir d’achat, le bruit court que des chars de l’armée ont été appelés en renfort de la police nationale et qu’ils convergent vers la capitale. Des rumeurs qui se sont révélées fausse.

Les médias sont à leur tour victimes des attaques des manifestants. Sur ces affiches, il leur est reproché soit d’être à la solde du pouvoir, soit de donner des informations frelatées. Et de fait, en 68, le pouvoir gardait un contrôle très serré de l’ORTF.

Fin mai 1968, les journalistes de l’ORTF, la télévision et la radio publiques, se mettent en grève pour protester contre l’intrusion du pouvoir dans leur travail d’information. Tout au long des événements de Mai, les journalistes ont été obligés de minimiser l’ampleur des manifestations et des affrontements entre les étudiants et les forces de l’ordre. Le 4 juin, la police occupe la maison de l’ORTF pour relancer les programmes.

Problématique : en quoi l’art peut être une arme de propagande ou de contestation ?

Domaine artistique : les arts du son.

Musique de propagande

Écoute n°1 : Wagner La Chevauchée des Walkyries (1870), le deuxième volet du cycle L’Anneau des Nibelung.

(cliquez sur l’image... Et sans le bruit des rotors des hélicoptères...)

Richard Wagner (1813-1883) : De nationalité allemande, Wagner fut un des compositeurs les plus influents de l’histoire de la musique. Il a réinventé le genre de l’opéra ; son ambition était d’en faire un art total en fusionnant musique, poème, drame, décor, mise en scène. Il ne composa presque que des opéras. Son grand chef-d’oeuvre est L’Anneau des Nibelung, un cycle de quatre opéras durant environ 14 heures (souvent joué en trois jours), basé sur les pouvoirs d’un anneau.

Les walkyries sont des vierges guerrières qui excitent la fureur au combat.

Découverte de l’extrait (remarques spontanées) :

Cette oeuvre a un caractère imposant, puissant, violent, guerrier, énergique.

Les timbres :

Nous avons entendu une oeuvre pour orchestre symphonique.

La fonction :

Cette musique a été récupérée de nombreuses fois pour la propagande du régime nazi. En effet, elle a un caractère propre à servir un nationalisme ; servant de bande-son dans des documentaires, passant souvent à la radio ou jouée lors de grands rassemblements.

Des musiques peuvent ainsi être détournées pour servir une cause à laquelle elles n’étaient pas destinées !

Affiche touristique de Lothar Heineman : L’Allemagne, le pays de la musique (1938)
Nous voyons dans cette affiche l’aigle Allemand dont les plumes forment les tuyaux d’un orgue. L’orgue rappelle tout de suite J.S Bach, reconnu comme le père de la musique allemande par les Nationalistes. Cette affiche veut montrer que l’Allemagne domine le monde musical.

La matière :

Cette oeuvre est-elle : □ Monothématique □ Bi thématique □ Poly-thématique □ Athématique

Les cuivres jouent le thème pour créer un effet de masse et symboliser le pouvoir.

Le temps :

Peux-tu prendre la pulsation de cette oeuvre ? □ Temps pulsé □ Temps lisse

L’espace :

Quels registres sont utilisés ? Wagner utilise tous les registres.

Petit lexique :

La propagande : un ensemble d’actions psychologiques effectuées par une institution ou une organisation déterminant la perception publique des événements, des personnes ou des enjeux, de façon à endoctriner ou embrigader une population et la faire agir et penser d’une certaine manière (wikipédia).

Le registre : le découpage des hauteurs en trois zones (grave, médium et aigu)

Musique de propagande
La musique dégénérée

Écoute n°2 : Arnold Schönberg 5e pièce pour piano op.23 (1923)

Découverte de l’extrait (remarques spontanées) :

Cette oeuvre a un caractère déstabilisant car on ne trouve pas de point de repères.

Les timbres :

Nous avons entendu une oeuvre pour piano.

La matière :

Cette oeuvre est : □ Monothématique □ Bi thématique □ Poly-thématique □ Athématique

Cette oeuvre est : □ Consonante □ Dissonante

Le temps :

Cette oeuvre est : □ pulsée □ lisse

Le rythme est très changeant, on ne perçoit donc plus la pulsation.

L’espace :

Quels registres sont utilisés ? Le compositeur utilise tous les registres du piano.

En 1937, Hitler inaugure une exposition consacrée à l’ « art dégénéré ». Les œuvres exposées étaient rejetées par le régime nazi pour leur modernité (sculptures ou peintures représentant par exemple des visages ou des corps déformés) mais aussi et surtout parce que leurs auteurs étaient juifs, opposants au régime ou encore considérés comme fous. La musique a également été touchée par le régime nazi qui a cherché à rejeter la dissonance en musique, symbole de dégénérescence (car contraire à une certaine forme de « pureté » symbolisée par la consonance).
La pièce pour piano de Schönberg est donc considérée une musique dégénérée.

L’art dégénéré est donc l’art rejeté par le régime nazi car il n’est pas conforme à l’art officiel qui défend une idée de race allemande. Il peut y avoir plusieurs raisons pour qu’un artiste soit considéré comme « dégénéré » : l’appartenance religieuse (judaïsme) ou politique (non Allemand), la couleur de peau (par exemple, toute la musique jazz, associée à la population noire, est jugée comme étant dégénérée) ou la modernité (dissonance).

Le compositeur :
Arnold Schönberg ou Schoenberg (1874-1951) compositeur autrichien, a innové la musique en créant une nouvelle méthode de composition : le dodécaphonisme. Schönberg est un fervent admirateur de Wagner. Ses pièces les plus connues sont la nuit transfigurée et le Pierrot lunaire.
Signalons que ses opinions religieuses sont intéressantes : il est d’abord juif mais il se convertit au protestantisme à l’âge de 24 ans. Cependant il est tout de même confronté l’antisémitisme à cause de sa première religion. Devenant de plus en plus amer il se reconvertit au judaïsme en 1933 (il a alors 59 ans) et est contraint de fuir aux Etats-Unis car il est classé dans les compositeurs de musique dénégérée.

Petit lexique :
Consonance : Ensemble de sons généralement perçus comme agréables à l’oreille.
Dissonance : Ensemble de sons généralement perçus comme peu agréables à l’oreille.
Le dodécaphonisme : Technique de composition musicale inventée par Arnold Schoenberg qui repose sur une série de 12 notes évitant ainsi la technique de composition qui repose sur la tonalité.

Musique de propagande
Comparaison - conclusion

Écoute n°3 : la marche des trompettes extrait d’Aïda de Giuseppe Verdi créé en 1871.

Découverte de l’extrait (remarques spontanées) :

Cette oeuvre a un caractère triomphant, majestueux, puissant.

Les timbres :

Nous avons entendu une oeuvre pour orchestre symphonique (même si dans cet extrait nous n’entendons pas les percussions)

La matière :

Cette oeuvre est : □ Monothématique □ Bi thématique □ Poly-thématique □ Athématique

Cette oeuvre est : □ Consonante □ Dissonante

Les cuivres jouent le thème pour créer un effet de masse. Ces instruments puissants sont souvent utilisés pour symboliser le pouvoir.

Le temps :

Cette oeuvre est : □ pulsée □ lisse

La marche des trompettes accompagne le retour triomphant des troupes égyptiennes dans Aïda, un opéra de Verdi. Elle doit donc illustrer le pouvoir de cette armée.
Cet air dépassa le succès de l’opéra, lui-même très grand. Si ses accents martiaux le firent reprendre (jusqu’à aujourd’hui) par la plupart des armées européennes et au delà, il fit l’objet de deux détournements :
1 : par les partisans de l’unité italienne qui en firent leur hymne de ralliement.
2 : par les pacifistes qui, en retour, y rajoutèrent des paroles :
Toujours retentissez trompettes solennelles,
Mais ne chantez plus le feu, la mort, les vainqueurs
Unis dans une longue étreinte fraternelle.
Faisons régner la paix, l’amour au fond des cœurs
Au sein de nos cités,
Les peuples vont chanter
Leur chant de liberté
Chantez ! Chantez !
Conclusion :
Les nazis ne furent ni les seuls, ni les premiers à se servir de la musique comme moyen de propagande. En effet, la musique a toujours été utilisée pour illustrer le pouvoir des monarques, pour accompagner les hommes à la guerre…

Cherchons maintenant les attributs d’une musique de propagande (il s’agit ici de donner les différents ingrédients d’une recette de base ; un compositeur ne les utilisera pas forcément tous) :
· Des nuances forte (la puissance sonore symbolise la puissance d’un régime ou d’un monarque)
· Un effectif important (idem)
· Une prédominance des cuivres (ils donnent un côté majestueux à la musique)
· Un caractère puissant, solennel, majestueux
· Un rythme pulsé.
· Une musique consonante (des accords simples qui facilitent l’écoute)
· Un thème simple à base de répétitions (elles aident à la mémorisation)

Musique contestataire - engagée
La musique n’a pas servi qu’à soutenir le pouvoir,
au contraire, elle porte parfois un message dénonciateur.

Écoute n°4 : J.Hendrix - Star spangled Banner (1969)

(cliquez sur l’image... Oooooh !...)

Jimi Hendrix :

Il est né en 1942 à Seattle, aux États-Unis, et mort en 1970 à Londres. C’était un guitariste, auteur-compositeur et chanteur américain.
Il est considéré comme l’un des musiciens les plus novateurs du XXe siècle, notamment en raison de son approche révolutionnaire de la guitare électrique et des techniques d’enregistrement en studio. Hendrix avait la particularité d’être un guitariste gaucher, mais de jouer sur une guitare de droitier. Improvisateur sortant des sentiers battus, il libéra son instrument de ses contraintes en utilisant les ressources nées de l’amplification et donna à la guitare électrique moderne ses lettres de noblesse.

Découverte de l’extrait (remarques spontanées) :

Cette œuvre a un caractère agressif

Les timbres :

Nous avons entendu une œuvre pour guitare électrique et percussion.

La matière :

Cette œuvre est-elle : □ Monothématique □ Bi thématique □ Poly-thématique □ Athématique

Jimi Hendrix reprend Star spangled banner, l’hymne américain et il
improvise à partir de ce thème.

Le temps :

Cette œuvre est-elle : □ Temps pulsé □ Temps lisse

Lorsqu’il improvise la pulsation n’est pas toujours perceptible.

L’espace :

Quels registres sont utilisés ? Hendrix utilise tous les registres.

La fonction :

Il va détruire cet hymne en y ajoutant du bruit : il va imiter des hurlements et des bombes s’écrasant au sol avec sa guitare électrique. C’est un message fort de contestation : en détruisant cette musique, il s’attaque à un symbole représentant les États-Unis. Il fait cela pour dénoncer la guerre opposant les États-Unis au Vietnam (1959-1975).

Conclusion :

Cherchons maintenant les attributs d’une musique contestataire ou engagée (il s’agit ici de donner les différents ingrédients d’une recette de base ; un compositeur ne les utilisera pas forcément tous) :
- Dissonance (elle symbolise souvent la souffrance engendrée par un régime)
- Utilisation de citations : emprunts de thèmes rappelant ce que l’on dénonce
- Le plus souvent, ce sont les paroles qui vont permettre de dénoncer

Musique de propagande

Écoute n°5 : La marche de Lully :

Lully était le surintendant de la musique sous Louis XIV. Il a donc composé des musiques de propagande pour ce monarque. Décrivez moi cette musique et relevez-en ses attributs qui en font une musique de propagande :

Remarques spontanées :
Cette oeuvre a un caractère puissant, triomphant, majestueux

Les timbres :

Les instruments qui dominent sont les cuivres

Les nuances :

Cette œuvre est jouée forte

La matière :
Cette oeuvre est : □ Monothématique □ Bi thématique □ Poly-thématique □ Athématique

Cette oeuvre est : □ Consonante □ Dissonante

Le temps :
Cette oeuvre est : □ pulsée □ lisse

Conclusion (tirez des conclusions de vos contestations) :
Cette oeuvre est une musique de propagande car les nuances sont fortes pour symboliser la puissance du monarque. Les cuivres dominent pour donner un caractère puissant et majestueux à la musique. La musique est pulsée et consonante pour facilité l’écoute et le thème principal est simple pour faciliter la mémorisation.

Mort les enfants chanson issue de l’album mistral gagnant sorti en 1985
Composée et écrite par Renaud

(En cliquant sur l’image, il va se passer quelque chose...)

Renaud Séchan (l’auteur compositeur et interprète de cette chanson) est né à Paris le 11 mai 1952. Il utilise ses chansons pour critiquer la société, rendre hommage ou faire sourire en utilisant l’argot dans ses paroles. Il s’est lui-même surnommé « le chanteur énervant » en raison de ses multiples engagements pour des causes comme les droits de l’homme, l’écologisme ou l’antimilitarisme. Même si ses chansons ont souvent été contestées, il est devenu au fil des années l’un des Français les plus populaires.
Il a également joué dans quelques films, notamment dans l’adaptation de Germinal par Claude Berri en 1993.

Couplet 1

Chiffon imbibé d’essence,
Un enfant meurt en silence
Sur le trottoir de Bogotá*
On ne s’arrête pas
Dechiqu’tés aux champs de mines,
Décimés aux premières lignes
Morts les enfants de la guerre
Pour les idées de leur père

Bal à l’ambassade,
Quelques vieux malades
Imbécil’ et grabataires*
Se partagent l’univers

Couplet 2

Morts les enfants de Bhopal*
Industrie occidentale
Parti dans les eaux du Gange*,
Des avocats s’arrangent
Morts les enfants de la haine
Près de nous où plus lointaine
Morts les enfants de la peur
Chevrotine dans le cœur

Bal à l’ambassade,
Quelques vieux malades
Imbécil’ et militaires
Se partagent l’univers

Couplet 3

Morts les enfants du Sahel*,
On accuse le soleil
Morts les enfants de Seveso*,
Morts les arbr’, les oiseaux
Morts les enfants de la route,
Dernier week-end du mois d’août
Papa picolait sans doute
Deux ou trois verres, quelques goutt’

Bal à l’ambassade,
Quelques vieux malades
Imbécil’ et tortionnaires
Se partagent l’univers
Couplet 4
Mort l’enfant qui vivait en moi,
Qui voyait en ce monde-là
Un jardin, une rivière
Et des homm’ plutôt frèr’
Le jardin est une jungle,
Les hommes sont devenus dingues
La rivière charrie les larmes,
Un jour l’enfant prend une arm’

Balles sur l’ambassade,
Attentat grenade
Hécatomb’ au ministère
Sous les gravats, les grabatair’ *

Le texte :De quoi sont victimes les enfants :

De Bogotá De la corruption et du trafic malhonnête et de la drogue
Des champs de mines (allusion a la guerre en Irak) Des guerres politiques
De Bhopal et de Seveso Des industries.
Du Sahel Du soleil

Par quelle horreur Renaud choisit-il de finir ?
La violence routière, la plus banale !!

Compare les 4 refrains, que remarques-tu ?
Le dernier est clairement différent, les enfants se rebellent.

Impressions générales :

Quel est le caractère de cette chanson ? Mélancolique / Pesant / grave
De quel style de musique s’agit-il ? Chanson
De quel sujet traite cette chanson ? Des enfants victimes de leur vulnérabilité et de leur innocence
De quel genre de chanson s’agit-il ? Chanson engagée (Cf. analyse des paroles).

La forme :

Comment cette chanson est-elle construite ? Une forme rondo
De combien de phrases se compose chaque couplet ? 8
Et le refrain ? 4

La rythmique :

Quel rythme reconnais-tu dans l’accompagnement ? Une valse
Quel mot de la chanson illustre-t-il ? Le bal du refrain.
Quelle est normalement son utilisation ? Musique de danse. Contre-pied !!

La mélodie :

Quel est le mouvement mélodique de couplet ? Descendant.
Pourquoi ce choix ? Pour renforcer l’aspect négatif du texte.

La Guerre, d’Otto Dix

1) Comment s’intitule cette oeuvre ? Comment s’appelle l’auteur de l’oeuvre ? Qui était-il ?

. Il s’agit de La Guerre, oeuvre peinte par Otto Dix (1891-1969), peintre allemand du XXe siècle ayant
participé à la première guerre mondiale. Otto Dix est assimilé au courant expressionniste.

2) De quand date cette oeuvre ?

. L’oeuvre a été réalisée entre 1929 et 1932 soit plus de dix ans après la fin du conflit.

3) Comment s’appelle ce dispositif en trois parties ? Comment se nomme la partie inférieure ?

. On parle ici de « triptyque », la partie inférieure correspond à la « prédelle ».

. (On parlera de « diptyque » pour un support en deux parties et de « polyptyque » lorsque le support
contient davantage de panneaux peints).

4) Quelle est la technique (ou médium) utilisé(e) ? Sur quel support a-t-elle été peinte ? Est-ce courant d’utiliser ce médium et ce support au XXe siècle ? Pourquoi ce choix de la part du peintre ?

. La technique utilisée – tempera* sur panneau de bois – rappelle celle utilisée par les maîtres du Moyen Âge et de la Renaissance : ici l’artiste se réfère au passé.

*La tempera est une peinture « artisanale » résultant d’un mélange de pigments – issus de plantes ou de minéraux – et de blanc d’oeuf, qui sert de liant. Elle sera peu à peu délaissée au profit de la peinture à l’huile, qui apparaît à l’époque de la Renaissance dans le Nord de l’Europe.

. L’oeuvre fait référence à une iconographie qui lui est antérieure : la référence à Matthias Grünewald et à certains détails du fameux retable d’Issenheim semble évidente (représentation des corps en
putréfaction).

. Traditionnellement, le triptyque est associé aux sujets religieux, bibliques, et il destiné aux lieux de
cultes.

. Ici Otto Dix nous livre une vision du chaos terrestre : les codes de l’art religieux sont en quelque sorte
détournés, puisque les repères habituels – figure du Christ, anges, saints – ont disparu au profit des soldats, cadavres suspendus et autres corps en décomposition…

5) Que représente chacun des trois panneaux ? Peux-tu les décrire de façon synthétique et organisée ?

. Le premier panneau représente les soldats [reconnaissables à leur équipement (=>uniformes)] qui
partent pour la guerre, on les voit de dos, ils s’avancent vers un horizon brumeux, qui symbolise métaphoriquement le chaos qui les attend.

. Le panneau central est le plus important en termes de surface. Il représente un amoncellement de cadavres et de corps en décomposition. Là encore, les contours sont peu définis. La référence à Matthias Grünewald est assez visible, on pense notamment à la représentation de Jésus crucifié du fameux retable d’Issenheim (polyptyque).

. La prédelle représente des « gisants », c’est-à-dire des corps sans vie. La forme du support s’apparente désormais à celle d’un cercueil. Traditionnellement, les prédelles sont constituées de plusieurs scènes, ou épisodes. Ici, Otto Dix a volontairement rompu avec cette tradition dans un but expressif.

. Dans le dernier panneau, Otto Dix s’est représenté lui-même en sauveur (autoportrait) : on le voit secourir un autre soldat, qu’il porte dans ses bras. C’est une note d’espoir que l’artiste a vouluintroduire : il reste malgré tout un part d’humanité dans cette guerre atroce, qui semble s’achever.

. On voit une progression chronologique et narrative : on va de la situation initiale à la situation finale.
Il y a une temporalité dans l’oeuvre : chaque panneau correspond à une « étape ».

6) A quel évènement cette oeuvre fait-elle écho ? Peux-tu ancrer cette réalisation dans un contexte
historique ?

. Alors que la Première Guerre mondiale est annoncée, Otto Dix s’engage dans l’armée allemande. Il participe notamment à la Bataille de la Somme, avant de partir sur le front de l’est en 1917. Il sera blessé plusieurs fois. Traumatisé, la guerre devient un thème récurrent dans son oeuvre.

. Le triptyque de La Guerre est emblématique de ce questionnement autour de ce thème. L’oeuvre dépeint les horreurs de la guerre et de ses tranchées de façon réaliste et expressive (le style d’Otto Dix est caractéristique de l’expressionnisme allemand).

7) Peux-tu analyser la composition* du panneau central ? Comment les différents éléments sont-ils
répartis entre eux ? Quelle impression cela donne-t-il au spectateur ? (*composition= structure, organisation des formes, masses, lignes de force, etc.)

. La composition du panneau central illustre bien cette notion de désordre : une multitude de lignes
obliques, allant « dans tous les sens » vient renforcer cette impression de confusion. Les différentes formes s’enchevêtrent, et il est difficile de les « lire » : forme et fond tendent à se confondre, les corps se perdent dans le paysage. Comme dans une vision de cauchemar, les éléments figurés sont peu distincts (le brouillard du premier panneau brouille la lecture de l’image).

8) Que peux-tu dire de l’usage qui est fait de la couleur ainsi que des jeux de lumière ?

. Le travail sur la couleur est lui aussi significatif : il se veut expressif. On a une palette de tons chauds
(rouge, orange…), qui renvoie aux couleurs du feu, du sang. Là encore on peut y percevoir une référence à l’histoire de l’art et aux représentations de l’enfer dépeintes par Jérôme Bosch encore Peter Brueghel dans son Triomphe de la mort. L’artiste a également recours à des tons froids et sombres et constitue ainsi un jeu de contraste.

9) Peux-tu comparer document 1 et 2 : y-a-t-il des points communs ? Quelles sont les différences que tu peux observer ?

. Il y a de nombreux points communs entre La Guerre et Guernica :

- Le sujet, qui est le chaos de la guerre, son horreur.

- La référence à un conflit récent, qui fait écho à l’actualité : les peintres prennent comme base la
réalité des faits : c’est ce qu’ils ont vu.

- >> Ce sont des oeuvres d’art engagé.

- La dimension très expressive des deux oeuvres : le spectateur ne peut pas rester insensible, il est au contraire interpellé, et c’est voulu.

- Picasso et Otto Dix seront tous deux considérés comme des artistes sans valeur par le régime nazi, ne correspondant pas à l’idéal prôné par ce régime, pour qui l’art est nécessairement asservi au pouvoir.

. Les différences :

- Ce n’est pas du même conflit dont il s’agit : surtout pas d’amalgame entre première guerre mondiale
(1914-1918) et guerre civile espagnole (qui débute en 1936).

- La technique et le support ne sont pas les mêmes : tempera sur bois/huile sur toile.

- L’oeuvre d’Otto Dix comporte plusieurs scènes séparées par la structure du triptyque, alors que
Picasso déroule une sorte de frise.

- Chez Otto Dix on a une oeuvre colorée, alors que Picasso réduit volontairement sa palette à des tons « neutres ».

10) Peux-tu citer d’autres oeuvres du même auteur et/ou d’autres auteurs (toutes époques confondues) en comparaison avec cette oeuvre ? Peux-tu justifier ton choix ? (Tu peux même citer des lectures : poèmes, roman, autobiographies, etc. à condition de justifier ta réponse !)

Cela peut être intéressant et enrichissant pour toi de choisir l’une ou plusieurs de ces oeuvres et de les voir, de les lire, afin d’élargir ta propre réflexion…

Littérature : le journal D’Anne Franck (autobiographie), Si c’est un homme, de l’italien Primo Lévi, (=>
un chef d’oeuvre) ; Un sac de billes de Joseph Joffo ; l’ami retrouvé de Fred Uhlman ; Le joueur d’échec de Stefen Zweig (chef d’oeuvre) ; Inconnu à cette adresse de Kressmann Taylor…

Cinéma : Le dictateur de Charlie Chaplin ; Le Pianiste de Roman Polanski ; La Rafle de Roselyne Bosch ; La liste de Schindler de Steven Spielberg…

Peinture : les dessins de Georg Grosz, tout l’oeuvre de Félix Nussbaum (=peintre juif persécuté),
d’autres oeuvres de Dix et Picasso…

La liste d’oeuvres d’art ayant trait au thème de la guerre est pléthorique (=> le choix est immense) !
Celle-ci est loin d’être exhaustive… A toi de faire une sélection parmi ce qui te touche le plus !