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Publié : 17 mai 2011

Histoire des Arts 2010-2011

Arts, états, pouvoirs

La grille d’évaluation icones_peda

FRANÇAIS icones_peda

ANTIGONE

ANTIGONE. - Non. Je vous fais peur. C’est pour cela que vous essayez de me sauver. Ce serait tout de même plus commode de garder une petite Antigone vivante et muette dans ce palais. Vous êtes trop sensible pour faire un bon tyran, voilà tout. Mais vous allez tout de même me faire mourir tout à l’heure, vous le savez, et c’est pour cela que vous avez peur. C’est laid un homme qui a peur.

CRÉON, sourdement. - Eh bien, oui, j’ai peur d’être obligé de te faire tuer si tu t’obstines. Et je ne le voudrais pas.

ANTIGONE. - Moi, je ne suis pas obligée de faire ce que je ne voudrais pas ! Vous n’auriez pas voulu non plus, peut-être, refuser une tombe à mon frère ? Dites-le donc, que vous ne l’auriez pas voulu ?

CRÉON. - Je te l’ai dit.

ANTIGONE. - Et vous l’avez fait tout de même. Et maintenant, vous allez me faire tuer sans le vouloir. Et c’est cela, être roi !

CRÉON. - Oui, c’est cela !

ANTIGONE. - Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m’ont fait aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine.

CRÉON. - Alors, aie pitié de moi, vis. Le cadavre de ton frère qui pourrit sous mes fenêtres, c’est assez payé pour que l’ordre règne dans Thèbes. Mon fils t’aime. Ne m’oblige pas à payer avec toi encore. J’ai assez payé.

ANTIGONE. - Non. Vous avez dit « oui ». Vous ne vous arrêterez jamais de payer maintenant !

CRÉON, la secoue soudain, hors de lui. - Mais, bon Dieu ! Essaie de comprendre une minute, toi aussi, petite idiote ! J’ai bien essayé de te comprendre, moi. Il faut pourtant qu’il y en ait qui disent oui. Il faut pourtant qu’il y en ait qui mènent la barque. Cela prend l’eau de toutes parts, c’est plein de crimes, de bêtise, de misère… Et le gouvernail est là qui ballotte. L’équipage ne veut plus rien faire, il ne pense qu’à piller la cale et les officiers sont déjà en train de se construire un petit radeau confortable, rien que pour eux, avec toute la provision d’eau douce, pour tirer au moins leurs os de là. Et le mât craque, et le vent siffle, et les voiles vont se déchirer, et toutes ces brutes vont crever toutes ensemble, parce qu’elles ne pensent qu’à leur peau, à leur précieuse peau et à leurs petites affaires. Crois-tu, alors, qu’on a le temps de faire le raffiné, de savoir s’il faut dire « oui » ou « non », de se demander s’il ne faudra pas payer trop cher un jour, et si on pourra encore être un homme après ? On prend le bout de bois, on redresse devant la montagne d’eau, on gueule un ordre et on tire dans le tas, sur le premier qui s’avance. Dans le tas ! Cela n’a pas de nom. C’est comme la vague qui vient de s’abattre sur le pont devant vous ; le vent qui vous giffle, et la chose qui tombe devant le groupe n’a pas de nom. C’était peut-être celui qui t’avait donné du feu en souriant la veille. Il n’a plus de nom. Et toi non plus tu n’as plus de nom, cramponné à la barre. Il n’y a plus que le bateau qui ait un nom et la tempête. Est-ce que tu le comprends, cela ?

ANTIGONE, secoue la tête. - Je ne veux pas comprendre. C’est bon pour vous. Moi, je suis là pour autre chose que pour comprendre. Je suis là pour vous dire non et pour mourir.

CRÉON. - C’est facile de dire non !

ANTIGONE. - Pas toujours.

CRÉON. - Pour dire oui, il faut suer et retrousser ses manches, empoigner la vie à pleines mains et s’en mettre jusqu’aux coudes. C’est facile de dire non, même si on doit mourir. Il n’y a qu’à ne pas bouger et attendre. Attendre pour vivre, attendre même pour qu’on vous tue. C’est trop lâche. C’est une invention des hommes. Tu imagines un monde où les arbres aussi auraient dit non contre la sève, où les bêtes auraient dit non contre l’instinct de la chasse ou de l’amour ? Les bêtes, elles au moins, elle sont bonnes et simples et dures. Elles vont, se poussant les unes après les autres, courageusement, sur le même chemin. Et si elles tombent, les autres passent et il peut s’en perdre autant que l’on veut, il en restera toujours une de chaque espèce prête à refaire des petits et à reprendre le même chemin avec le même courage, toute pareille à celles qui sont passées avant.

ANTIGONE. - Quel rêve, hein, pour un roi, des bêtes ! Ce serait si simple.

I/Présenter

Ce texte est un extrait d’une pièce de théâtre du XXe siècle, Antigone, écrite par Jean Anouilh en 1942 et représentée pour la première fois en 1944 au théâtre de l’Atelier.
Jean Anouilh s’est inspiré d’une tragédie de Sophocle, mais en adaptant le mythe à son époque et au contexte historique du Xxe siècle, notamment grâce à la technique des anachronismes volontaires.

II/ Décrire

Ce passage se trouve au centre de la tragédie de Jean Anouilh. Il se situe dans une longue scène qui oppose Antigone et Créon, et qui constitue le France tragique de la pièce. Antigone vient d’être arrêtée pour avoir essayé d’enterrer son frère Polynice, privé par Créon de sépulture funéraire parce qu’il s’est allié à des cités étrangères à Thèbes. Créon essaie de sauver Antigone en essayant de la convaincre de renoncer à son projet. Pour cela, il utilise différents arguments et confronte sa vision du pouvoir, sa vision du roi avec celle d’Antigone. Cet extrait s’inscrit donc directement dans la thématique Art, Etat, Pouvoir de l’épreuve d’histoire des arts.


III/ Contextualiser

Jean Anouilh avait confié la première mise en scène de sa pièce à André Barsacq, et Jean Davy créa le rôle de Créon aux côtés de Monelle Valentin, l’épouse de Jean Anouilh, qui joua Antigone. La pièce fut d’emblée un immense succès, elle fut jouée deux ans sans interruption : Jean Davy interpréta Créon 750 fois entre février 44 et juin 46. Une des raisons de ce succès réside dans la résonance très forte de cette œuvre avec le contexte historique de la France et de la deuxième guerre mondiale, que le public a immédiatement perçue. Antigone qui disait « non » face à Créon représentait la Résistance face à la Collaboration, face à la France de Vichy. Pourtant la pièce a échappé à la censure allemande car Créon avait raison face Antigone, mise à mort à la fin de la pièce. Une mise en scène récente d’Antigone par Nicolas Briançon avec Robert Hossein et Barbara Schulz, datant de 2006, donne à voir une réflexion sur la dictature et présente des gardes avec des ordinateurs portables et une oreillette, pour signaler l’actualité éternelle des grands mythes.
Cette tragédie d’Anouilh s’inscrit également dans un ensemble de tragédies du Xxème siècle qui revisitent les grands mythes antiques pour leur donner un sens nouveau, adapté à l’époque moderne. On en trouve un autre exemple avec la pièce de Giraudoux La guerre de Troie n’aura pas lieu (1935) où l’auteur analyse les motivations fratricides de la future Seconde guerre mondiale ou Electre (la fille d’Agamemnon et de Clytemnestre), où Giraudoux s’interroge sur la liberté et la responsabilité.

IV/ Analyser et interpréter

Dans cet extrait, Antigone démystifie le personnage du roi.

1) Un pouvoir dérisoire

Le roi apparaît comme une créature privée de pouvoir. Roi impuissant, Créon fait ce qu’il n’aurait pas voulu faire comme on le voit avec les négations du verbe vouloir à la ligne 11 (vous ne l’auriez pas voulu) et à la ligne14 (vous allez me faire tuer sans le vouloir). Rien à voir ici avec le pouvoir absolu d’un roi digne du siècle de Louis XIV. Ici, le roi ne peut pas faire ce qu’il veut, il doit se plier à la raison d’État, auquel il est le premier assujetti, comme le montre l’expression « être obligé de te faire tuer » ligne 7. L’exclamation de la ligne 14 Et c’est cela être roi ! montre la dévalorisation qu’Antigone fait subir à la fonction royale. Antigone éprouve même de la pitié pour Créon. (ligne 16) comme le montre l’apostrophe Pauvre Créon ! Et elle inverse les rôles en se déclarant reine à sa place, en dépit des apparences, parce qu’elle, elle peut faire ce qu’elle veut. (lignes 16-18).
D’ailleurs, c’est bien Créon qui se trouve réduit à supplier Antigone : « Aie pitié de moi, vis » (ligne 19). C’est donc Antigone qui détient le pouvoir face à Créon.

2) Un roi peu majestueux

Par ailleurs, Créon se montre lui-même peu digne de sa fonction : il avoue sa peur (l.7) et sa colère impuissante face à Antigone apparaît avec la didascalie la secoue soudain, hors de lui. Il ne parvient plus à se maîtriser face à Antigone, prononce des jurons ( « bon Dieu », ligne 24) et la traite de « petite idiote » (ligne 25). Antigone souligne ce manque de majesté car dans son discours Créon n’est pas un roi, mais simplement « un homme qui a peur » qu’elle juge « laid » de surcroît. (ligne 6)

3) Une fonction ingrate et un pouvoir solitaire

De son côté, Créon essaie de combattre cette vision négative du roi en lui opposant sa vision d’un roi courageux et solitaire. Pour cela, il utilise la métaphore du bateau dans la tempête, métaphore filée développée dans la longue tirade de la ligne 24 à la ligne 44. Dans cette longue tirade, le roi est comparé implicitement au capitaine d’un bateau dans une mer déchaînée. Le champ lexical de la navigation et du naufrage parcourt l’ensemble de la réplique. Par cette métaphore traditionnelle, Créon tente de redorer le blason du roi : le roi est le seul à combattre la tempête, puisque l’équipage ne veut plus rien faire et ne pense qu’à piller la cale et que les officiers sont déjà en train de se construire un petit radeau confortable, rien que pour eux avec toute la provision d’eau douce pour tirer au moins leurs os de là. Seul, le roi combat pour l’intérêt général. Seul, le roi essaie de sauver le bateau, c’est-à-dire le pays, de la tempête. Seul, le roi fait preuve d’altruisme, pour le bien supérieur du pays, même si cela peut entraîner des actions injustes et arbitraires, prises dans l’urgence : on gueule un ordre et on tire dans le tas (ligne 38). Le niveau de langue très familier désacralise le rôle du roi, et montre que le chef doit agir dans l’urgence, sans se poser des problèmes de conscience. Au nom de la raison d’Etat, le pouvoir est nécessairement sale et corrompu : Crois-tu qu’on a le temps de faire le raffiné, de se demander (…) si on pourra encore être un homme après ?(lignes 34 à 37) La seconde tirade de Créon développe également cette vision d’un pouvoir qui salit, avec l’expression « s’en mettre jusqu’aux coudes ». Le roi devient alors un ouvrier laborieux qui ne ménage pas sa peine et retrousse ses manches, c’est d’abord un homme d’action qui ne peut s’accorder le luxe de penser.

4) Un roi qui règnerait sur des bêtes

À la fin de l’extrait, Antigone contre-attaque en montrant qu’un roi qui ne réfléchit pas suppose également un peuple idiot. En effet, pour Créon, dire oui, c’est obéir à la vie, à la Nature, sans réfléchir, comme on le voit avec sa nouvelle métaphore filée du troupeau qui avance courageusement sur le chemin, malgré les pertes de quelques têtes de bétail. Avec la question rhétorique Tu imagines un monde où les bêtes auraient dit non contre l’instinct de la chasse ou de l’amour ? (ligne 55,) sa stratégie est alors de critiquer la position d’Antigone, en faisant apparaître comme lâche et contre-nature sa résistance au pouvoir. Mais Antigone rebondit sur le mot « bêtes » : Quel rêve, hein, pour un roi, des bêtes ! Ce serait si simple. (ligne 70) Elle montre que la vision du pouvoir de Créon suppose un peuple qui se laisse conduire comme un troupeau de moutons. Au courage des bêtes, Antigone substitue … la bêtise. Mais le conditionnel de l’irréel Ce serait si simple proclame clairement que les hommes ne sont pas (encore) des bêtes. Le roi trouvera toujours sur sa route des Antigone, pour dire non et rejeter des lois injustes.

V/ Elargir, rapprocher

Cet extrait propose donc une véritable réflexion sur le pouvoir du chef et sur le métier de roi qui apparaît sous un jour peu favorable. Derrière le mythe antique se lit une critique engagée du pouvoir. Gouverner semble entraîner fatalement salissures et compromissions. Seul, l’opposant au pouvoir, même au péril de sa vie, peut rester fidèle à ses convictions et plein de noblesse. Antigone est donc un éloge de la Résistance, de la force d’opposition qui combat un régime autoritaire, quelle qu’en soit l’époque et le contexte historique.
De la même façon, le film Le Dictateur de Charlie Chaplin qui a été conçu dès 1938-1939 et qui est sorti dans les salles en 1945 rappelle d’abord Hitler, mais peut ensuite évoquer le discours de n’importe quel dictateur, comme Saddam Hussein ou Fidel Castro.

ARTS PLASTIQUES icones_peda

EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1937

1/ARCHITECTURE

PRÉSENTER

C’est l’Exposition universelle de Paris, en 1937, qui révèle à la fois la parenté des dictatures et l’affrontement inévitable programmé entre les deux futurs grands acteurs de la Seconde Guerre mondiale. C’est Albert Speer, à peine nommé inspecteur général de la reconstruction à Berlin, qui signe le pavillon allemand de Paris. En face, le long de la Seine, au pied du Trocadéro, se dresse le pavillon soviétique, construit par Boris Iofan. À côté de ces pavillons : Celui de la République espagnole, construit par le Catalan José Luis Sert.

DÉCRIRE

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pavillon soviétique
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Pavillon allemand
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pavillon espagnol (maquette)

Comparaison du pavillon espagnol, dans lequel est Guernica, avec l’architecture des pavillons russes et allemands :
Le pavillon allemand à la fois temple classique, église médiévale, énorme sarcophage de pierre et d’acier, surmonté non pas d’une croix mais d’un aigle puissant. Le pavillon soviétique, non moins monumental bien qu’un peu plus bas, construit par Boris Iofan, qui imagine une sculpture de 33 mètres de hauteur représentant un ouvrier et une paysanne, faucille et marteau en main. Le pavillon espagnol, léger et élégant exemple de l’architecture rationaliste, le pavillon exposait des toiles engagées de Miro, des sculptures de Julio Gonzales et le Guernica de Picasso.

CONTEXTUALISER

Le pavillon a été construit par Josep Lluis Sert, disciple de Le Corbusier. Les principes de l’architecture moderne sont ici affirmés : l’utilisation de techniques modernes de construction, une architecture métallique, légère, la paroi de verre ou le mur-rideau, la transparence comme allégorie de la démocratie, le toit terrasse, la stricte géométrie des volumes, Sert utilise un langage clair et compréhensible, rationnel opposé au monumentalisme des pavillons allemands et russes.

ANALYSER

Les édifices néoclassiques dressés par l’Allemagne nazie et l’Union soviétique utilisent un vocabulaire chargé, pompeux, ancré dans la tradition. Avec son pavillon situé près du pavillon allemand, qu’il ne pouvait aucunement concurrencer par sa taille, la République espagnole tente de se démarquer.
- Où l’on vérifie qu’il y a un style totalitaire : Néoclassicisme exalté par le monumental géométrique, la démesure, le grandiloquent, le pastiche redondant, culte de la personnalité, obsession du pouvoir absolu. Et une idée fixe : exalter l’héroïsme, la force, le sacrifice de l’individu à la nation.

2/GUERNICA

DE PABLO PICASSO, 1937.

PRÉSENTER



DÉCRIRE

Une toile monumentale icones_peda

Le format s’adapte au lieu d’exposition, le hall d’entrée. Le hall d’accueil où le tableau était présenté en occupant tout le mur du fond comme un rideau de scène avait fait l’objet d’une muséographie totalement politisée soigneusement ciblée pour le grand public.


Ces motifs emblématiques que sont les poings serrés, un bras surdimensionné qui montre le poing au ciel, des bras surgissant de maisons détruites s’effacent. Au cours de l’exécution du tableau, le pessimisme s’accentue. Les gestes de révolte disparaissent avec les symboles politiques. Le cheval agonisant au centre du tableau acquiert une importance plus grande que le taureau qui comme paralysé apparaît au bord de la toile.


CONTEXTUALISER

Malgré les ravages de la guerre civile déclenchée par le soulèvement des troupes du général Franco le 18 juillet 1936, la République espagnole tient à être présente à l’Exposition internationale.

Une oeuvre historique Le titre associe l’oeuvre à un événement qui sans cette toile serait évanoui dans l’anonymat des désastres de notre siècle. La nouvelle du bombardement incite Picasso à peindre une toile qui proclame son engagement. Le sujet s’oppose aussi au thème de l’Exposition universelle, l’art et la technique : avec Guernica, Picasso éteint les feux de la fée électricité.

L’absence de message positif comme le manque de clarté de l’expression plastique, l’absence de propagande positive sont les critiques les plus récurrentes. Guernica est une commande d’État, contraire à la raison d’État, le tableau incitant moins au combat qu’à la compassion pour une cause perdue. Il y a deux manières de voir l’oeuvre : la défendre sur la base de son contenu politique et la défendre pour sa beauté artistique. Une reproduction de Guernica est publiée dans le magazine Life le 26 juillet 1936. Picasso rédige un texte publié dans le New York Times et invite les artistes à ne pas« rester indifférents à un conflit dans lequel les plus grandes valeurs de l’humanité et de la civilisation sont engagées ». Guernica , oeuvre manifeste, voyage au Etats-Unis à Los Angeles, Chicago, San Francisco, New York tout au long de l’année 1939.

ÉLARGIR

Son tableau s’inscrit dans les grandes représentations d’une souffrance sécularisée, de celles qui vont du Tres de Mayo de Goya à Dix et Grosz, en passant par Géricault et Delacroix. Toutes ces oeuvres élèvent les victimes au rang de héros, les victoires et les exploits guerriers y cèdent le pas à la douleur individuelle.


ÉDUCATION MUSICALE icones_peda

HERE’S TO YOU

- Une chanson engagée, trace d’un scandale judiciaire.
- La peur des idéologies socialiste, communiste et anarchiste.


PRESENTATION

Here’s to you est la chanson la plus connue du film Sacco & Vanzetti, sorti en 1971.
Le compositeur est Ennio Morricone (Il était une fois dans l’Ouest,…).
La chanteuse est Joan Baez.

Cette chanson est marquée par la personnalité de J. Baez qui a été une figure de la non-violence et de l’égalité des droits civiques des noirs.
- Elle est présente aux côtés de M. L. King (Marche sur Washington en 1963).
- Elle a été la compagne de Bob Dylan. (Blowin’ in the wind).
- Elle chante au festival de Woodstock.

CONTEXTE

Le film raconte “l’Affaire Sacco & Vanzetti” : Malgré un manque de preuves, deux travailleurs émigrés sont accusés de deux braquages et de la mort de deux convoyeurs. Après de nombreux reports, ils sont condamnés à mort en 1927.
En cette époque de crise et de contestation ouvrière, les Italiens anarchistes étaient perçus comme des faiseurs de grève et poseurs de bombes. L’Amérique fait la chasse aux idéologies socialistes et communistes : Cette exécution doit servir d’exemple.

- Elle déclencha de nombreuses manifestations de part le monde.
- En 1970, 50 ans plus tard, Sacco et Vanzetti furent réhabilités.

DESCRIPTION ET MESSAGE

Le texte est un simple refrain de quatre vers répétés plusieurs fois.

Here’s to you Nicolas and Bart (Maintenant Nicolas et Bart)

Rest forever her in our hearts (Pour toujours vous restez dans nos coeurs)

The last and final moment is yours (Cet instant final est le vôtre)

That agony is your triumph ! (Cette agonie est votre triomphe !)

Il y a une grande valeur symbolique car les deux derniers vers sont les mots adressés au juge par Vanzetti à la lecture du verdict.

L’orchestration change au cours de cette chanson pour passer d’un sentiment morbide -L’agonie – à celui du triomphe final.

C’est une marche prémonitoire vers la réhabilitation, qui sera célébrée 6 ans après le film.


DESCRIPTION ET ANALYSE MUSICALE

Le principe est celui d’une suite de 16 notes et accords répétés plusieurs fois de façon obstinée : Ostinato, mais « habillées », orchestrées par amplification (ajout de contrechants, d’instruments, de chanteurs,…).
Ainsi, l’écoute offre une augmentation de la nuance – Crescendo - mais aussi de l’émotion.

1/ Morbide : Intro jouée par 12 notes graves à l’orgue.
2/ Morbide : Rajout des accords au piano et contrechant plaintif, car descendant, à l’orgue.
3/ Changement/éclaircie : Les notes graves sont jouées à la basse électrique (+ pop), et le contrechant monte vers l’aigu.
4/ Entrée de la chanteuse + batterie.
5/ Entrée du chœur.
6/ Triomphe : Le chœur est + nombreux, le timbre du contrechant à l’orgue est + brillant, + festif.
7/ Le tout est repris en crescendo avec plus d’intensité.

INTERPRETER

Cette répétition, amplifiée, prend également l’allure d’une marche de manifestants dont le cortège ne cesse de croître, à l’image des nombreuses manifestations en Amérique et à l’étranger.

THRENE A LA MEMOIRE DES VICTIMES D’HIROSHIMA.

PRÉSENTER

Le compositeur : Krzystof Penderecki (1933-…). Ce compositeur polonais est sensible aux grands drames du xx° siècle.
Grand représentant de la musique contemporaine, il tire de l’orchestre à cordes des sonorités inhabituelles.

A l’origine, un Thrène est un chant de lamentation funèbre des îles grecques. Destinée aux victimes de la bombe atomique, l’œuvre est aussi adressée aux victimes des camps de concentration. L’œuvre a été jouée pour la 1° fois à Auschwitz, en 1961.

L’orchestre est composé de 52 instruments à cordes (violons, altos, violoncelles et contrebasses).
L’œuvre dure à peu près 10 minutes : Le temps de l’explosion atomique.

DECRIRE

L’extrait proposé fait entendre 4 étapes visibles dans le dessin animé japonais ENOLA.

1/ Sifflement strident et intense lumière.
2/ Destruction.
3/ Effets de sirènes et de lamentations, déchirements des corps.
4/ Visions d’horreur.

1/ Sifflement et lumière intense.
Attaques décalées dans le suraigu, nuances fortissimo.
Vibrato + ou – serré = Lumière = Oscillation du son.

2/ Destruction (en surface, puis les fondations)
Les cordes sont frappées par le bois de l’archet : « col legno ».
Les cordes sont pincées par le doigt : « pizzicato ».
En surface (violons et altos), les fondations (violoncelles et contrebasses).

3/ sirènes et lamentations, déchirement des corps.
3 ou 4 cordes partent d’une même note et font des « glissando » en sens contraire pour revenir à cette même note,
mais légèrement désaccordés (dissonances).

4/ Images d’horreur.
Les musiciens jouent des clusters (grappes de sons rapprochés et joués ensemble) : Très forte dissonance.
Ces clusters sont joués dans différents registres (aigu, moyen, grave) : L’horreur est omniprésente.

EN RESUME

De tels effets (clusters, glissando, pas de thème précis, pas de pulsation stable, cordes frappées,…) appartiennent à la musique contemporaine. Le compositeur invente des schémas et dessins que le musicien réalise avec une certaine liberté contrôlée. Cette musique est également appelée, musique aléatoire.
On retrouve aujourd’hui ces effets dans de nombreuses musiques de films à suspens ou d’horreur.

ELARGIR, RAPPROCHER

La danse Butô.

Après la capitulation du Japon, certains artistes japonais tournent le dos aux traditions figées de leur pays.
Les danseurs se tournent vers la danse contemporaine occidentale. Vers les années 60, les danseurs expriment la lutte entre la vie et la mort par des gestes lents, des crispations et des tremblements.
De nombreuses chorégraphies font allusion aux souffrances d’Hiroshima.

Dans l’extrait « Paysage lunaire »(2007), on retrouve les effets de glissando, pizzicato des cordes pour accompagner le danseur qui exprime cette lutte.


LA PHOTO DE PRESSE
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CE QUE JE VOIS

Je suis en présence d’une œuvre photographique en couleur prise par le photographe de l’AFP Doug Kanter le 11 septembre 2001. Cette photo a été reprise par de nombreux médias.

CE QUE J’OBSERVE

Un homme, muni d’un extincteur, lance des appels pour porter secours à d’éventuels survivants après l’effondrement de la première tour du world trade center.
Je vois un drapeau américain en haut à droite et un logo de New York ce qui permet de situer géographiquement la scène
Le choix du cadrage est large dans lequel un homme donne l’échelle des bâtiments détruits
C’est une photographie informative , elle atteste de l’authenticité de l’ événement.

L’effet de réél

Perspective frontale.

Le spectateur est à la place du témoin

Arrière plan très visuelle (grande profondeur de champ ) et fermé par les immeubles détruits
La lumière en haut à gauche vient classiquement de la hauteur de
Oblique de bas en haut de l’extincteur au drapeau américain
Le composant vivant domine le composant animé et attire le regard. occidental de gauche à droite
Personnage mis en valeur par la tache rouge de l’extincteur sur le gris


CE QUE JE COMPRENDS

Symbolique :
Destruction de tout symbolise la fin de la vie et de la civilisation. de fin du monde

Rhétorique :
Antithèse entre un homme anonyme avec un petit extincteur et face au chaos, au désastre
On sait que c’est l’ensemble titre image qui donne du sens à la photo d’où l’importance de la légende.

Classe de 3° 5. 6, Arts Etat et pouvoir. icones_peda

Arts du visuel : Les affiches de mai 1968.

Carte d’identification : arts du visuel

Le genre : affiches (26)
Le titre : sans titre
La date : mai 1968

La technique : La plupart sont des sérigraphies sorties de l’Atelier populaire (c’est-à-dire l’école des Beaux-arts de Paris), Etudiants, ouvriers, syndicalistes et artistes collaborent à la réalisation d’affiches où sont mis en images les mots, les attentes et les révoltes de Mai 68.

La sérigraphie s’inspire du pochoir. Elle consiste à boucher les parties que l’on ne veut pas voir imprimer d’une soie (à l’origine mais en 68 on utilise le nylon moins coûteux). La soie se tend sur un châssis de bois et une raclette sert à étaler l’encre qui traverse et s’inscrit aux endroits non obturés. Les affiches de mai 68 allaient presque toutes utiliser cette technique simple et peu coûteuse. Très rapidement les ateliers produisent plusieurs milliers d’affiches par jour : entre le 14 mai et le 27 juin on estime à un million le nombre d’affiches produites.

Lieu d’exposition : la rue.

Auteurs : anonymes, elles sont l’œuvre de groupes de travail.

Artistes contemporains : Andy Warhol (qui utilise aussi beaucoup la sérigraphie), Roy Lichtenstein.

Description générale :

On constate une grande variété dans les slogans et les thèmes mais une plus grande unité dans la réalisation : absence de dégradé, mono ou bichromie (le plus souvent)...donnant un aspect naïf à la production. On retrouve beaucoup d’affiches qui ne sont en fait que du texte ; ce qui les rapprochent des graffitis qui se multiplient sur les murs de Paris durant cette période.

Le contexte historique ;

A la fin des années 1960, les pays industrialisés doivent faire face à un vaste mouvement de contestation (USA : guerre du Vietnam). En France, en mai 1968, 3 crises se superposent : crise étudiante, crise sociale et crise politique .De Gaulle président de la V République est très critiqué. Le pays est paralysé par les grèves. Ce n’est qu’à la fin du mois que le pouvoir reprend la situation en mains. A Paris le 30 mai, une grande manifestation de soutien à De Gaulle donne le signal du « retour à la normale ».
Analyse des affiches :
3 axes d’étude dans le tableau :
Les acteurs de mai 68 , la contestation et les revendications.
(Lire aussi le cours et le livre pages 312/313)


Tout au long des événements, la Sorbonne apparaît comme l’épicentre des mouvements de contestation. La jeunesse étudiante veut changer la société, qu’elle juge archaïque et paternaliste, mais aussi injuste envers ceux qui travaillent, les ouvriers. Contre toute attente, les travailleurs grévistes et les étudiants vont s’allier.

Alors que les travailleurs réclament la hausse de leur pouvoir d’achat, le bruit court que des chars de l’armée ont été appelés en renfort de la police nationale et qu’ils convergent vers la capitale. Des rumeurs qui se sont révélées fausse.
Les médias sont à leur tour victimes des attaques des manifestants. Sur ces affiches, il leur est reproché soit d’être à la solde du pouvoir, soit de donner des informations frelatées. Et de fait, en 68, le pouvoir gardait un contrôle très serré de l’ORTF.

Fin mai 1968, les journalistes de l’ORTF, la télévision et la radio publiques, se mettent en grève pour protester contre l’intrusion du pouvoir dans leur travail d’information. Tout au long des événements de Mai, les journalistes ont été obligés de minimiser l’ampleur des manifestations et des affrontements entre les étudiants et les forces de l’ordre. Le 4 juin, la police occupe la maison de l’ORTF pour relancer les programmes.

Classe de 3eme 1 et de 3eme 2.

Arts, Etats et Pouvoirs : la mémoire de la guerre.

« Les joueurs de skat » , Otto Dix , 1920

1- Présentation

Domaine artistique : Arts du visuel
Genre : Peinture
Titre : Les joueurs de Skat
Auteur : Otto Dix
Date : 1920
Technique : Peinture à l’huile et collage sur toile
Lieu d’exposition : Neue Nationalegalerie à Berlin


2- Description

Au premier plan , trois personnages, rassemblés autour d’une table et jouant aux cartes.
Ce sont des « gueules cassées » (mutilés de guerre défigurés par leurs blessures). L’un est en uniforme, les deux autres en costume civil, mais les trois sont horriblement mutilés :
• Celui de gauche n’a qu’une prothèse de bras en bois, et doit se servir du seul pied qui lui reste pour tenir ses cartes. Son visage est terriblement abîmé : des cicatrices, un trou béant à la place de l’œil droit, des brûlures (là où les cheveux n’ont pas repoussé), et un tuyau relié à un « écouteur » à la place de son oreille droite.
• Celui de droite semble posé sur sa chaise, il n’a plus de jambes. Son bras gauche est remplacé par une prothèse, l’orifice de son nez arraché est caché, sa mâchoire est en métal et peut-être sa vision est-elle très mauvaise (il tient sa carte tout près de son œil). Il est en uniforme d’aviateur et est décoré de la « Croix de fer ».
• L’homme au centre est le plus mutilé, il n’a plus ni bras ni jambes, c’est un « homme tronc ». Il tient ses cartes entre sa mâchoire supérieure et une prothèse métallique, il a un œil de verre, sa tête est soutenue et renforcée par du métal.
Au second plan, des éléments de décor qui montrent qu’on est dans un café allemand : journaux, luminaire, porte-manteau métallique.


3- Le contexte historique

Ce tableau date de 1920, au lendemain de la Première Guerre Mondiale. Par la violence de ses combats et les armes employées (l’artillerie en premier lieu), elle a mutilé des centaines de milliers d’hommes dans les deux camps. Partout, on peut croiser ces « gueules cassées » qui rappellent à tous l’horreur de la guerre. On les honore mais on les fuit aussi : l’Europe d’après-guerre cherche plutôt à oublier les horreurs et à s’étourdir (dans la danse, l’excentricité…).
L’auteur, Otto Dix a été le témoin des combats et comme tant d’autres en est revenu profondément traumatisé. Il fait aussi partie du mouvement « expressionniste » qui déforme souvent la réalité pour provoquer des réactions émotionnelles.


4- Analyse, interprétation

Le « message » d’Otto Dix , c’est surtout l’angoisse, un regard critique sur la société allemande d’après guerre qu’il fait passer avec une ironie grinçante. Ces mutilés deviennent inhumains par les prothèses, les blessures qui paraissent presque exagérées. Pourtant, la situation est réaliste : des anciens combattants, des « gueules cassées » se retrouvent : ils n’ont pas oublié la solidarité des tranchées. Ils sont seuls à pouvoir supporter l’horreur du spectacle de l’autre, victime de la guerre.

Otto dix dénonce l’horreur de la guerre et des souffrances qu’elle provoque, la solitude des grands mutilés. Pour cela, il emploie la caricature, l’ironie. Les lignes des corps sont brisées, tordues ce qui accentue l’aspect inhumain des mutilés : la guerre déshumanise. Il oppose le fond sombre et les couleurs vives, violentes des personnages (blanc, rose, bleu, rouge…)
Il exprime sa propre angoisse en utilisant les moyens du courant expressionniste dont il fait partie.

5- Rapprochement avec d’autres œuvres

Les gravures du même auteur vues à l’Historial de Péronne. Guernica de Picasso.

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