Vous êtes ici : Accueil > Vie pédagogique > Histoire des Arts > Histoire des Arts 2010-2011 > La Liberté guidant le peuple. 4°
Publié : 18 octobre 2010
Format PDF {id_article}

La Liberté guidant le peuple. 4°

Comment regarder une œuvre :

A /Ce que je vois :

Je suis en présence de la reproduction d’une œuvre en noir & blanc, figurative, picturale (peinture), cadrée en plan large.
Son titre est « La Liberté guidant le peuple », peinte par Eugène Delacroix, en 1830, mesurant 2,60 x 3,25 m. C’est une huile sur toile, exposée au Musée du Louvre à Paris. Elle appartient au genre « Histoire ».

B/Ce que j’observe (description) :

Une femme :
Torse nu, brandissant un fusil et un drapeau, franchit une barricade, entraînant avec elle cinq personnages armés.

Au 1er plan, trois cadavres :
À droite, un voltigeur, à côté, un cuirassier de la garde royale, à gauche, un combattant mort, à qui quelqu’un a volé son pantalon.

Deux enfants :
- Celui de gauche est coiffé d’un bonnet de voltigeur, équipé d’un simple fleuret d’escrime et d’un pavé.

- Celui de droite, brandit en criant de lourds pistolets, il porte la faluche, béret de velours noir des étudiants du quartier latin.

3 hommes :
- Le plus à gauche porte un grand béret, le tablier protecteur du manufacturier et une banderole porte-sabre prise à un fantassin.

- Le deuxième tient un fusil à double canon, une arme de chasse. Il est coiffé d’un chapeau haut de forme, le pantalon large et la ceinture rouge caractérisent un artisan ou un compagnon.

- Le troisième homme est blessé, son sang coule sur le pavé, il s’appuie sur ses mains et relève la tête vers la femme. Sa tenue est celle d’un paysan venu à Paris pour y travailler comme manœuvre dans le bâtiment.

À l’arrière-plan, une foule équipée d’armes diverses, on y distingue le bicorne d’un polytechnicien.

La barricade, peu élevée, est un empilement de gros pavés descellés de la chaussée et de madriers.
Au pied des immeubles, au loin, un détachement de la garde royale. Au-dessus, les tours de Notre Dame de Paris, coiffées d’un drapeau tricolore.

- Le travail de la touche est rapide et précis, disposé en courbes, il renforce l’aspect sinueux et tourbillonnant de la Liberté.
- La facture est ferme et brutale au 1° plan du tableau, espace le plus chromatique, et dans les zones de tension du 2° plan.
Le modelé s‘estompe à l’arrière pour renforcer l’effet de profondeur.
- La composition forme un triangle souligné par le bras levé et la hampe du drapeau, qui vient couper le cadre en son centre. Des successions de lignes obliques créent des rythmes saccadés.
- Delacroix joue d’abord sur des oppositions de clarté : Dans la même zone, il oppose des successions de clairs et d’obscurs : La partie supérieure droite, claire, s’oppose à la partie inférieure gauche, sombre. À l’intérieur de ces deux parties, des zones sombres ou claires renforcent les contrastes.
Il joue également avec des contrastes brutaux de couleur complémentaires.

C/Ce que je comprends :

Allégorie : Personnage pris comme symbole afin d’exprimer une idée.

La Liberté, seule femme du tableau, porte une ample jupe beige, maintenue à la taille par deux tours d’une ceinture rouge, flottante, et une chemise blanche, déchirée ou rabattue. Dans sa main gauche, un fusil, baïonnette au canon, dans sa main droite, un drapeau tricolore (Drapeau considéré dans le monde entier comme l’emblème de la liberté). Le visage de profil, la liberté regarde derrière elle et est coiffée du bonnet phrygien (bonnet adopté par les esclaves affranchis sous la Rome antique, devenu, sous la Révolution française, l’attribut de la Liberté, puis de la République).
C’est une allégorie au sens multiple : La scène historique qui rassemble et condense un grand nombre d’éléments symboliques :
La terre s’oppose au ciel, le sombre au clair, le bleu au rouge, les accessoires grecs ou antiques (drapé, bonnet phrygien) aux objets modernes (drapeau, fusils) , les morts sacrifiés aux vivants triomphants.

- Le 26 Juillet 1830, le roi Charles X suspend la liberté de la presse, dissout la Chambre des députés, modifie les élections : Il provoque 3 jours d’émeutes, les 3 Glorieuses.
- Le 27 Juillet, premières manifestations, des comités s’organisent.
- Le 28 Juillet, des barricades s’érigent dans Paris, l’armée les prend d’assaut, le drapeau tricolore flotte sur Notre Dame.
- Le 30 Juillet, les insurgés triomphent dans Paris, une commission municipale déchoit Charles X et fait revenir le duc d’Orléans. Eugène Delacroix assiste aux combats et participe à la défense du Musée du Louvre.
- Le 31 Juillet Lafayette le reçoit à l’hôtel de ville, et la chambre des députés l’appelle au trône sous le nom de Louis-Philippe Ier, le drapeau tricolore remplace le drapeau blanc.

À la même période, Victor Hugo écrit « Notre dame de Paris », plus tard, il écrira les « Misérables », livre dans lequel mourra Gavroche sur les barricades après avoir nargué les soldats. La relation entre l’œuvre d’Hugo et celle de Delacroix se fait d’elle-même.

Victor Hugo, photographie de Paul Nadar (1884)

Victor Hugo, photographie de Paul Nadar (1884)

Eugène Delacroix, d'après un daguerréotype, 1842

Eugène Delacroix, d’après un daguerréotype, 1842