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Publié : 19 avril 2010
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Histoire des Arts. Troisièmes. Arts, états, pouvoir. Art engagé.

Analyse filmique « Lord of war ».

Lord of war

Andrew Niccol/2006/USA/115’/

Nicolas Cage, Bridget Moynahan, Jared Leto, Ethan Hawke, Ian Holm

Ce film, s’affirme, dès son générique coup de poing, par son héros, ou anti-héros, vêtu d’un costume noir et portant un attaché-case, qui, cyniquement, face caméra, égrène le credo du parfait marchand d’armes sur un sol jonché de douilles métalliques et dans un décor de carcasses de voitures en feu, de ruines fumantes, sous un soleil écrasant :

-« On estime à environ 550 millions le nombre d’armes à feu actuellement en circulation, autrement dit, il y a un homme sur douze qui est armé sur cette planète, la seule question c’est…Comment armer les onze autres ? »

Puis, suit le trajet, « la vie » d’une balle, de la chaîne de fabrication dans une usine d’armement d’Union Soviétique, au front d’un enfant africain dans lequel elle finit sa course.

C’est ce générique que nous allons tâcher d’analyser, et voir en quoi cette œuvre cinématographique est engagée :

A-Générique/Partie 1 : Présentation du héros :
- Long travelling avant sur l‘asphalte brûlant recouvert de douilles métalliques :

- Poursuite du travelling qui nous amène sur un homme, de dos, vêtu d’un costume sombre et portant un attaché-case, semblant issu du sol recouvert de douilles, et qui a l’air de contempler le paysage de ruines, comme un artiste contemple son œuvre.

- Le plan se resserre sur cet homme, toujours de dos.

- Plan fixe, l’homme se retourne et regarde la caméra, il s’adresse directement au spectateur, il le prend à témoin, puis, d’une voix douce, avec un sourire un peu contrit, il énonce avec détachement :

« On estime à environ 550 millions le nombre d’armes à feu actuellement en circulation, autrement dit, il y a un homme sur douze qui est armé sur cette planète, la seule question c’est… Comment armer les onze autres ? »

- Cette séquence d’introduction, s’achève sur un nouveau sourire désabusé de cet homme, qui vient de nous expliquer cyniquement en quoi consiste son métier de trafiquant d’armes…

- B/Générique/Partie 2
La séquence débute au rythme de la chanson « For what it’s worth » du groupe Buffalo Springfield :
Nous sommes dans une usine aux tons bleutés.

Dans un long mouvement de caméra descendant, nous arrivons devant une bande de métal cuivré qui entre par saccades (au rythme de la musique) dans une machine située à côté d’une étoile à cinq branches, symbole de l’Union soviétique.

Nous pénétrons alors dans cette machine, envahie par un vacarme de chocs métalliques, alignés rythmiquement sur la mélodie et nous suivons les différentes étapes de la fabrication d’une balle.

Moment très important de la séquence : Nous devenons la balle. La caméra « se greffe »sur la balle qui vient d’être fabriquée et que nous suivions comme simple spectateur : Nous devenons la balle par le biais de la caméra subjective.

Première manipulation sur la chaîne, nous comprenons que nous ne pouvons que subir, qu’être utilisés, manipulés, comme objet, comme spectateur, nous nous laissons porter, impuissants.

Fermeture de la caisse, nous sommes devenus anonymes, une balle parmi des centaines, des milliers d’autres… Départ pour une destination inconnue, dans un port, tons bleutés, officier soviétique vérifiant le contenu de la caisse.

Nouvelle ouverture : Changement de couleurs, tons chauds, la nervosité fait place au calme répétitif et méthodique de l’usine d’armement, soldats noirs armés, sans uniformes.

Chute de la caisse, spectateur/balle une nouvelle fois manipulé et remis dans la caisse.

Après le voyage, arrivée dans une ville, bruits de tirs d’armes automatiques, chanson toujours présente…

Nouvelle manipulation, le spectateur/balle est introduit dans un chargeur de kalachnikov…

Le son des rafales est de plus en plus pressant, omniprésent. Le tireur qui nous a mis dans on chargeur fait feu et nous remontons jusqu’à être en face du canon. Nous suivons les mouvements nerveux du tireur…

Puis...

Nous suivons donc, depuis sa production dans une usine d’armement jusqu’à son utilisation finale, la vie d’une balle.
Cette séquence est une séquence choc. Le trajet de la balle, dans sa genèse, est suivi en temps réel mais il subit des ellipses temporelles(lors des transports). Nous assistons à la fabrication rapide et facile d’une balle, l’automatisme de sa construction et l’effet subjectif place le spectateur dans un rôle passif, contemplatif, il se laisse faire, se faisant manipuler au gré et aux désirs de ceux qui l’utilisent. Le spectateur est au cœur de l’action du fait même qu’il devient sujet. Un autre aspect qui accentue le choc de la séquence, c’est la durée de fabrication et d’acheminement qui contraste violemment avec le temps d’utilisation réel de la balle.

Ce générique démonte et démontre tout le processus de la commercialisation des armes :
- Dans un premier temps, idéologiquement : Le cynisme froid du marchand d’armes, qui, sur un sol de douilles contemple le résultat de son commerce, mais cette première séquence demeure symbolique.
- Dans un second temps, froidement : Le montage brillant, le travail virtuose sur l’image ainsi que la mélodie accompagnant la séquence nous font presque oublier la fonction d’une balle, et ce , jusqu’aux dernières secondes.
Le rapport pays occidental producteur d’armement - Pays pauvres, utilisateurs de ces armes, est souligné par les tons bleutés renvoyant au froid, au monde industriel, et les tons jaunes, chauds, renvoyant aux pays en guerre.
Cette seconde partie est l’illustration froide et violente des propos tenus dans la première partie.
Il est bien évident que ce film, notamment sa séquence d’introduction, est un réquisitoire contre la vente d’armes à travers le monde et une critique acerbe envers les commerçants, trafiquants et politiciens qui y ont un rôle. En ce sens, "Lord of War" est un film engagé, au même titre que"le cauchemar de Darwin", autre film traitant également de l’exploitation et du trafic d’armes en Afrique.